Frère Marc : « La vie intérieure des personnes non verbales n’est pas limitée »

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Frère Marc : « La vie intérieure des personnes non verbales n’est pas limitée »

Responsable de la Pastorale des personnes handicapées du diocèse de Meaux, le frère Marc de Jésus Serviteur saisit la relation singulière à Dieu des adultes polyhandicapés ou autistes, quand la parole est absente ou restreinte.
Solange du Hamel
Publié le   à 9h07
3 min
Frère Marc : « La vie intérieure des personnes non verbales n’est pas limitée »

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Comment se manifeste la vie intérieure des personnes non verbales ?

Leur vie intérieure n’est pas limitée par l’absence de langage. Elle reste mystérieuse, mais peut se dévoiler par des petits signes qui révèlent une richesse profonde. En prenant le temps de connaître chacun, on comprend mieux les regards, les sons, les gestes et les attitudes qui manifestent les émotions.

Bruno, par exemple, a peu d’interactions avec les autres, mais s’exprime par des chants, toujours les mêmes, associés à ses sentiments. Lors du décès d’un résident, il a pris la main d’une aide-soignante qui pleurait, en fredonnant l’air préféré de la personne disparue.

De quelle manière respectez-vous leur liberté spirituelle ?

Leur proposer un chemin de foi ne limite pas leur liberté, au contraire : ne rien offrir serait la restreindre. Malheureusement, beaucoup de résidents n’ont pas accès à une vie spirituelle dans leur établissement. Favoriser l’épanouissement de cette liberté est pour nous une vraie responsabilité.

Un autre écueil consiste à considérer la personne non verbale adulte comme un bébé sur le plan spirituel, et de tout décider pour elle. Or, elle a besoin d’un espace pour développer sa propre vie intérieure, indépendamment de celle de ses proches. Si les parents demandent le baptême pour elle, une préparation lui sera proposée, en respectant ce qu’elle exprime, joie ou freins.

Comment transmettre la foi sans passer par les mots ?

Le plus important est de faire vivre des moments forts en groupe, tout en faisant participer activement chaque personne individuellement. Nous cherchons à transmettre du beau et du signifiant en mobilisant les cinq sens par des signes simples : lumière, bougie, musique, encens, gestes, et en séparant chaque sollicitation.

Ces temps spirituels réservent des surprises : un participant qui, d’habitude, ne tient pas en place, reste le temps de la séance sans bouger. Un autre qui ne supporte pas le contact veut être touché lors de la bénédiction. Certains semblent entrer facilement en relation directe avec Dieu. Ainsi, Alexandre, que personne n’avait jamais entendu parler, s’est mis un jour à murmurer en priant devant une icône, puis peu à peu, à articuler des mots et des phrases. Il ne communique toujours pas avec les autres, mais parle maintenant dans la prière. Voilà le mystère du cœur en relation avec Dieu.

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