Il y a quelques semaines, j’ai voulu aller me confesser dans une des grosses églises de Paris, avec des créneaux d’accueil et de confessions élargis pour permettre au plus grand nombre d’accéder au sacrement. Sauf qu’en arrivant devant, il y avait des marches pour monter dans la petite chapelle latérale, et accéder au confessionnal. Et à côté : un magnifique panneau, expliquant que tout venait d’être rénové. Comment avait-t-on pu faire des travaux et ne pas se soucier de l’accessibilité ?
Je reconnais humblement que oui, j’aurais pu patienter, envoyer quelqu’un, essayer de trouver une solution, comme souvent, un moyen dérobé. Mais au pied du mur, j’ai été prise d’une vraie colère. Pire, même, j’étais furieuse. Furieuse contre l’absurdité de la situation, furieuse que l’accessibilité n’ait même pas été une pensée lors de travaux aussi importants.
Alors j’ai renoncé à me confesser, je suis rentrée chez moi, et j’ai écrit un mail, les doigts tremblants d’indignation. « Je ne comprends pas que, lors de la rénovation, l’accessibilité n’ait pas été prise en compte. Les sacrements doivent être accessibles à tous. L’Église devrait être exemplaire ! » et en envoyant ce mail, je me suis dit que je venais probablement de rajouter un péché sur la liste de ceux que j’avais déjà sur la conscience. Voire deux ! Renoncer à me confesser, et en plus me plaindre !
Je ne m’attendais pas à grand-chose en envoyant ce message. Mais en quelques jours, le régisseur m’a répondu, sincèrement désolé. « Nous allons faire le nécessaire. » Deux semaines plus tard, une photo dans ma boîte mail : un bouton d’appel avait été installé au pied des marches. « Désormais, une personne en fauteuil pourra se manifester, et le prêtre viendra à elle. Merci d’avoir attiré notre attention sur ce sujet, et encore navrés. » Sacrément efficace!
On nous a souvent appris que la colère était un défaut, une faiblesse, presque un péché. Pourtant parfois quand elle est juste, elle peut faire bouger les choses. Le Christ, Lui, a bien renversé les tables des marchands dans le Temple. La colère, parfois, est un feu qui pousse à agir.
Bien sûr, il y a la colère stérile, celle qui détruit. Mais il y a aussi la colère fertile, celle qui dénonce, qui secoue les consciences, qui fait changer les choses. Et ça, c’est une raison d’espérer! Depuis, j’ai relu cette anecdote, et j’essaye d’être plus attentive à mes petites colères et mes indignations. Parce que parfois, elles sont justifiées. Et si on ne se manifeste pas, qui se rendra compte? Le manque d’accessibilité, l’exclusion, sont souvent le fruit d’une méconnaissance ou d’une ignorance, plus que d’une mauvaise volonté. Demandez et vous recevrez. Et bien demandons! Cela rendra peut-être la terre, et le paradis, plus accessibles!
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