Il y a des gestes qu’on a complètement intégrés et qu’on n’interroge plus, même quand on n’est pas capable de les faire. Le signe de croix, par exemple. Ou se lever, s’agenouiller, avancer en procession pour recevoir l’Eucharistie. Pendant des années, je me suis dit que, puisque mon handicap moteur m’empêchait de les accomplir, je pouvais tout simplement m’en dispenser. Après tout, l’essentiel était là : j’étais présente, j’écoutais, je priais. En somme, je participais quand je le pouvais.
« La messe n’est pas seulement une affaire d’esprit. C’est vraiment une participation du corps tout entier. Et le problème, c’est qu’en me dispensant de ces gestes, j’amputais une partie de la liturgie. »
Mais en étudiant la liturgie lors de mes études de théologie, en creusant le sens de chaque mouvement, de chaque posture, j’ai réalisé quelque chose qui m’a vraiment frappée : la messe n’est pas seulement une affaire d’esprit. C’est vraiment une participation du corps tout entier. Et le problème, c’est qu’en me dispensant de ces gestes, j’amputais une partie de la liturgie.
Ce n’est pas parce que je ne peux pas lever la main jusqu’à mon front que je dois renoncer au signe de croix. Ce n’est pas parce que je ne peux pas me mettre à genoux que je dois abandonner l’idée de m’agenouiller.
L’accessibilité de la liturgie, ça ne passe pas seulement par l’absence d’obstacles physiques. Ça passe aussi par la possibilité de poser des gestes personnels, adaptés, détournés, qui permettent de mobiliser, sinon le corps, du moins l’intention. Quand le corps est défaillant, il reste toujours une manière de s’approprier le rituel, de le vivre pleinement, à sa mesure.
Aujourd’hui, je fais un signe de croix sur ma jambe. Je penche la tête pour marquer la génuflexion. Je trouve des façons de participer qui me correspondent, qui respectent mes limites sans me priver du sens. Cette nouvelle habitude est très difficile à prendre car les vieux réflexes de dispense passive ne s’en vont pas du jour au lendemain.
Mais cette prise de conscience a changé ma manière de vivre la messe, car elle me permet d’être pleinement présente. Or la présence est le poumon de la liturgie ! Et pour cela, mon corps, même empêché par le handicap, doit aussi participer activement, avec ses adaptations et sa créativité. Il dit cette volonté de ne pas me laisser voler une part de ce qui me relie à Dieu et à la communauté, par flemme ou par ignorance.
« Une compréhension plus fine des gestes posés pendant la liturgie nous permettrait à tous de vivre la messe différemment – plus pleinement. »
Je regrette de ne jamais avoir eu cette discussion avec un prêtre ou un accompagnateur spirituel, car elle est très importante pour avoir un juste rapport à la messe, et au corps que forme l’Église. N’est-ce pas un sujet qui mériterait d’être davantage étudié et abordé par les personnes en charge de la pastorale ? Une compréhension plus fine des gestes posés pendant la liturgie nous permettrait à tous de vivre la messe différemment – plus pleinement.
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