Maria Montessori, pionnière de l’école pour tous
Maria Montessori, pionnière de l’école pour tous
1 – En lutte contre les préjugés
Est-ce parce qu’elle détestait l’école et a redoublé trois fois que la petite Maria, fille unique d’un couple de la bourgeoisie italienne, est devenue une formidable éducatrice sachant donner le goût d’apprendre ? Elle-même est d’une immense curiosité, et volontaire avec ça ! Si bien qu’elle se bat comme un beau diable pour devenir médecin, un métier alors très mal vu pour les femmes. À 26 ans, son diplôme en poche, elle s’oriente vers la psychiatrie. C’est là qu’elle rencontre un confrère, Giuseppe Montesano, dont elle tombe amoureuse et qui deviendra le père de son fils, Mario. Le couple poursuit un objectif commun : éduquer les enfants frappés de retard mental ou physique, jugés en ce temps comme des « idiots » destinés à l’asile.
2 – Les enfants handicapés, ses premiers maîtres
Maria ne fait rien à moitié : certaine que ces enfants ont un vrai potentiel, elle se plonge dans toute la littérature sur eux, visite en Italie hôpitaux, cliniques, asiles… Elle se rend même en Angleterre et en France dans des services pionniers. De retour chez elle, avec l’appui d’autres médecins, elle lance une grande campagne de sensibilisation pour que soient créées des classes spécialisées pour ces enfants : articles, conférences, création en 1899 de la Ligue nationale pour la protection des enfants déficients, puis du Centre de formation des maîtres… La jeune Italienne est sur tous les fronts. Pendant deux ans, elle forme en ce centre des professeurs en même temps qu’elle teste auprès d’une cinquantaine d’enfants le matériel sensorimoteur rapporté de France.
3 – Révolution dans l’éducation
La doctoresse part du besoin de ces enfants. Elle constate qu’il faut s’appuyer sur les cinq sens: favoriser le mouvement, respecter le rythme de chacun, prévoir des plages de silence, et ne pas pénaliser les erreurs qui sont riches d’enseignement. Sa fameuse pédagogie, enseignée aujourd’hui dans 35 000 écoles du globe, se construit à partir de son expérience auprès de ces jeunes malmenés par le sort. Et ça marche ! Elle obtient d’excellents résultats. Mais un triste événement la stoppe net : Montesano, qu’elle n’avait pas épousé pour les besoins de sa carrière, se marie avec une autre femme. Incapable de continuer à travailler avec lui, elle quitte en 1901 le Centre de formation.
4 – Connue dans le monde entier !
Maria Montessori n’aura plus jamais affaire à des enfants touchés par le handicap. Mais ce sont eux qui lui ont tout appris. Désormais célibataire – secondée par son fils –, elle consacre sa vie à peaufiner ses méthodes, à les tester auprès d’enfants puis d’adolescents de différents pays, à former des enseignants… Livres, voyages, conférences partout dans le monde, rien ne l’arrête ! Son influence reste aujourd’hui considérable.
Le saviez-vous ?
L’un des premiers supporters de Maria Montessori a été le pape Léon XIII, qui a facilité son entrée en médecine. Malgré des hauts et des bas avec l’Église catholique, sa foi était profonde. Elle en a témoigné dans trois livres, dont deux parus en français :
L’Éducation religieuse : La Vie en Jésus-Christ (1931) et La Messe vécue pour les enfants (1932, avec réédition en 2021). Sa foi a compté dans l’attention qu’elle portait aux plus déshérités (enfants pauvres qu’elle a soignés gratuitement lors de ses études, « déficients », adolescents en maison de correction, orphelins…).
Léa Todorov : « Quel cran chez Maria Montessori ! »
Dans son film « La Nouvelle Femme », la scénariste et réalisatrice Léa Todorov se concentre sur le travail de Maria Montessori auprès d’enfants handicapés. Mère d’une enfant atteinte de maladie génétique, elle sait ce qu’on lui doit.
« J’ai découvert Maria en participant à un documentaire sur les pédagogies alternatives dans l’entre-deux-guerres. À la source de ces méthodes d’enseignement novatrices, il y a un réseau de médecins européens dont elle fait partie. Quand m’est venue l’idée de lui consacrer un film, je n’ai pas d’abord pensé à l’axer sur cette courte période de sa vie auprès d’enfants déficients, qui est aussi celle où elle tombe amoureuse et devient mère. Finalement, ces années m’ont paru décisives. Quel cran, quelle énergie !
Maria Montessori parcourt l’Europe pour savoir ce qui existe pour ces enfants, alors placés avec les fous. Et se démène pour trouver des fonds afin de diffuser les trouvailles de médecins français tels Bourneville ou Séguin, le vrai inventeur du matériel dit Montessori – reproduit dans mon film et conservé au Musée d’histoire de la médecine de Paris. En quoi peut-elle nous inspirer ? Elle part des enfants les plus en difficulté pour révolutionner l’éducation en général. La société tout entière tire bénéfice de ce qu’on fait pour les plus fragiles des siens. »
À voir sur YouTube : Biographie de Maria Montessori, L’Enfant roi, 32 min, 2021
Pour aller encore plus loin
- À lire : « Une vie au service de l’enfant », Martine Gilsoul, Charlotte Poussin, Ed. Desclée De Brouwer, 2020, 21,50 €.
- À écouter : « Maria Montessori – Le mystère de l’enfant », France Culture, 1h, 2017. Maria, dans ses ombres et lumières, racontée par des chercheurs et des fins connaisseurs de sa méthode. Une approche plus approfondie.