Il est assez courant d’entendre des personnes désigner ceux qui ont perdu l’usage de la parole, de la marche et de la motricité, ou les trois à la fois, comme des «légumes». Je ne supporte pas qu’on parle d’eux ainsi. Ça me hérisse le poil et me rendrait presque agressive!
Est-ce qu’un légume – à savoir toute plante dont une partie est utilisée pour l’alimentation – ressent tout, a des sentiments, des envies, des refus, des dégoûts? Est-ce qu’un légume entend, sent, voit et comprend même s’il n’arrive plus à parler et à répondre ?Est-ce qu’un légume est un humain?
J’ai demandé à mes légumes dans mon frigidaire: ils ne m’ont rien répondu. Je les ai pincés, coupés: pas un cri. Je leur ai dit que je les aimais: ça ne leur a rien fait. Pas un cil n’a bougé ! D’ailleurs, ils n’ont pas de cils eux, alors que les personnes malades, polyhandicapées, ont des cils, elles !
Que ça m’agace, cette phrase toute faite, dite depuis des décennies, et qui ne veut absolument rien dire. Rien qu’entendre ce mot peut faire si mal, quand on est parent d’un enfant dans cette situation si difficile déjà. Comment peut-on imaginer qu’une personne, un humain se transforme en légume, parce qu’il cesse de parler, de bouger et de réagir physiquement ?
Pourquoi dire cela ? C’est ne pas se rendre compte de toutes les capacités d’un être humain.
Un bébé n’est pas un légume. C’est un être humain depuis sa conception, et pourtant il ne peut pas dire, ni faire grand-chose au départ. Mais on le câline, on le nourrit, on le change sans se poser de questions.Tout le monde le considère comme un petit être humain.
Alors, quand un adulte tombe gravement malade et perd ses capacités, pourquoi ne reste-t-il pas un humain, lui? On ne sait jamais ce qu’il ressent, pense et reçoit. Même infiniment petitement, il est toujours une personneet le sera jusqu’à sa mort.
Notre fille Marie Océane ne peut pas faire grand-chose, elle n’est autonome en rien. Et pourtant, j’arrive à lire dans ses yeux la détresse, le bien-être ou la colère, le mal-être ou la joie, et l’amour, surtout. Je sais qu’elle pense, qu’elle ressent et qu’elle comprend certaines choses. Elle reconnait les trajets et sait parfaitement où on va, où on arrive. Elle le manifeste à sa manière. À nous de saisir! Cessons de parler de légume quand nous parlons d’une personne gravement atteinte. À moins que nous soyons nous-même des cornichons ?
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