« Les habitants », une magnifique percée dans les colocations Simon de Cyrène

Culture

« Les habitants », une magnifique percée dans les colocations Simon de Cyrène

Le documentaire de Louis-Julien Petit prend le temps d’une immersion tout en douceur sous les toits des maisons partagées Simon de Cyrène, où mûrissent, entre souffrance et beauté, des vies écorchées par un accident.
Marilyne Chaumont
Publié le   à 15h50
3 min
« Les habitants », une magnifique percée dans les colocations Simon de Cyrène
© 2024 J2F Production

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Ils ont en commun une démarche qui ne file jamais droit, mais la parole, chez eux, ne louvoie pas. Eux, ce sont les habitants. «Je sers à rien. Je sais rien faire. Ça me fait un peu comme un désespoir». Julie exprime sa douleur. «J’attends que ça, quitter mon foyer de base. Moi, j’suis chez mes parents, et j’en ai marre.» Yann exprimera, lui, sa joie d’intégrer un nouveau mode de vie partagée, quelque temps après un accident de scooter. Réunis par la tragédie d’un accident qui a abîmé leur corps définitivement, ces habitants vivent en colocation, jeunes et vieux, avec ou sans handicap, dans les maisons partagées Simon de Cyrène qui essaiment partout en France.

Contre la fatalité, le fondateur de l’association Simon de Cyrène Laurent de Chérisey le proclame, il n’y a rien de plus important que «d’entrer en amitié». Ce documentaire, tout en douceur, vient révéler la valeur d’une amitié d’autant plus authentique qu’elle n’était pas programmée dans le logiciel d’une vie à peu près «normale». Les habitants, premiers venus ou derniers arrivés, s’ouvrent de leurs désirs, leurs désillusions et leur souffrance, s’appuyant très souvent sur un humour salvateur, jamais absent de la colocation. « Ah, IMC, je croyais que ça voulait dire «Incapable de marcher correctement», plaisante ainsi Polo, infirme moteur cérébral. Le cœur s’ouvre en riant, l’instant d’après, il se serre. La caméra de Louis-Julien Petit s’est transposée d’une maison à l’autre sans perdre une seule fois le fil délicat des personnages, auxquels on s’attache irrémédiablement.

Le réalisateur ne met pas de côté les proches, sensibles à la manière dont leur enfant ou leur parent continuent d’habiter le monde, malgré les facultés abîmées. «J’ai toujours vu ma mère dépressive: il aura fallu Simon de Cyrène pour la voir heureuse!», sourit l’un d’eux. Les habitants eux-mêmes confient leur tâtonnement pour trouver leur juste place, entre eux, mais aussi dans le monde – où leur vulnérabilité crée des ouvertures sans qu’ils s’en rendent compte. Le réalisateur Louis-Julien Petit a réussi un coup de maître, une magnifique percée dans l’intimité de ces vies, sans être jamais intrusif. La douleur ou le rire émergent sans jamais éclater à l’écran, grâce à une approche visuelle réaliste, au plus près des personnages. Le film Les habitants vient révéler la puissance des vies les moins rentables, qui changent le monde à l’échelle d’une colocation.

Un film de Louis-Julien Petit, diffusé sur Canal + le jeudi 22 avril, à 22h47, puis en replay.

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