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À Arras, Éléonore, première conseillère municipale avec une trisomie 21

En 2022, à Arras (Pas-de-Calais), Éléonore Laloux devenait la première conseillère municipale porteuse d’une trisomie 21 de France. Derrière ce symbole, qu’est-ce sa présence en politique apporte ? À l'approche des élections municipales de mars prochain, Ombres & Lumière est allée à la rencontre de cette femme haute en couleurs, et de ses collègues. 
Guillemette de Préval
Publié le   à 15h44
5 min
À Arras, Éléonore, première conseillère municipale avec une trisomie 21
©G de Préval

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Veste, chaussures montantes et lunettes de vue multicolores, ongles vernis rouge corail et bagues aux doigts… Dans les rues d’Arras, plongée dans la froide grisaille d’un matin d’hiver, impossible de rater Éléonore Laloux, petit bout de femme enjouée et dynamique de 40 ans.

Élue en mars 2020, elle est devenue la première conseillère municipale trisomique de France. Un symbole d’intégration politique et citoyenne qui a porté bien au-delà des frontières de cette ville du Pas-de-Calais. En octobre 2021, elle a reçu l’ordre national du mérite des mains de Sophie Cluzel, alors secrétaire d’Etat au handicap.

C’est Frédéric Leturque, maire de la ville depuis 2008, qui a eu l’intuition qu’Éléonore, déjà très impliquée dans l’inclusion et auteur de Triso et alors !, bousculerait les codes. « On se connaît depuis très longtemps avec Frédéric. Il est venu discuter avec moi pour me proposer de rejoindre sa liste municipale. Il m’a dit que je pouvais apporter quelque chose à Arras. J’ai longuement réfléchi et j’ai accepté ! », raconte la jeune femme, depuis son appartement où elle vit en autonomie.

Une légitimité qui fait l’unanimité

Au sein de l’équipe municipale, où elle est déléguée « à la transition inclusive et au bonheur », sa légitimité fait l’unanimité. « Eléonore apporte des idées, une envie d’avancer », témoigne Sylvie Noclercq, conseillère municipale déléguée à l’action sociale, à la santé, aux seniors et au handicap. Pour preuve, les panneaux des noms de rues de la ville qui vont prochainement être adaptés pour être lisibles pour tout type de handicap. « La ville a toujours été préoccupée par l’inclusion, mais son arrivée a donné un autre ton à cette ambition : on passe du « faire pour » au « faire avec », poursuit-elle.

« Avec Éléonore, on gagne en clarté et en simplicité. »

Forcément, cette prise de fonction a demandé une préparation. « Lorsque le maire m’a accueillie au sein de l’équipe municipale, c’était impressionnant ! Il a tout de suite prévenu son équipe : ils allaient devoir s’adapter à moi, comme moi à eux », se souvient Éléonore, également à mi-temps au service facturation d’un hôpital privé arrageois. « Il y a un apprentissage mutuel à faire. C’est une vigilance de chaque instant, atteste encore Sylvie Noclercq. Avec Éléonore, il est nécessaire de prendre du temps. Dans une conversation, impossible d’aborder plusieurs sujets à la fois. C’est une idée après l’autre. »

Un effort qui, finalement, profite à tous, poursuit Ludovic Galland. Ce professeur des écoles travaille étroitement avec elle pour préparer ses interventions. « J’adapte en français facile à comprendre certains dossiers. Mais d’autres élus sont venus vers moi en me disant qu’ils avaient mieux compris un dossier technique grâce à ça. Ce n’est donc pas exclusif à Éléonore ! » Idem lors de réunions : « Elle osera interrompre quelqu’un en lui demandant d’être moins jargonneux. Avec elle, on gagne en clarté et en simplicité. » Et d’insister, « honnêtement, on pensait tous lui apporter quelque chose mais c’est l’inverse qui se produit ! »

La méthode Éléonore

D’un naturel joyeux, cette fan de guitare électrique, qui affirme vouloir « apporter du pep’s et des couleurs », en désarme plus d’un. « Ça paraît naïf mais elle va souvent apporter une touche d’humour et de sérénité lors des réunions », explique Aude Vilette-Torillec, adjointe au maire en charge de l’attractivité de la ville. Enseignante d’art plastique en classes Ulis, elle témoigne souvent du parcours d’Éléonore à ses élèves porteurs de handicap. « Cette manière d’être, son regard, est loin d’être anodin lors d’un conseil municipal qui dure quatre heures ! Sa différence est une richesse. »

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Et à la voir en réunion tenue dans une salle d’un club de tennis de la ville, on comprend tout de suite combien ce pas de côté peut être fécond. A l’ordre du jour, certains projets portés par des associations dans le milieu du handicap. Vie quotidienne, culture, sport… De nombreux sujets sont abordés. Le micro lui est laissé pour quelques mots de bienvenue même si ce n’est pas elle qui dirige la séance. Mais cette apparente mise en retrait ne dure que brièvement. Lorsque le représentant d’une association achève de présenter son projet d’activités sportives inclusives, la voilà qui quitte sa chaise en pleine réunion pour lui confier quelque chose à l’oreille. Quand le mot de la fin lui revient, le voile sur cette intrigante messe basse est levé : « Je vous annonce qu’on va travailler tous les deux sur le projet de l’« incluthon », un évènement sportif inclusif. J’ai hâte ! », s’enthousiasme-t-elle, en le désignant. Directe, créative, fédératrice : la méthode Éléonore.

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