Classes immersives : les enseignants dans la peau de leurs élèves

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Classes immersives : les enseignants dans la peau de leurs élèves

En mars dernier, APF France handicap et l’Académie de Lille ont déployé les classes immersives inclusives. Cette formation, qui met les enseignants à la place des élèves, cherche à affiner le regard sur le handicap et soulager un corps professoral souvent dépourvu de méthodes efficaces pour l’affronter. Julie Kacedali, psychologue de l'EMAS Lille Centre, fait un premier retour d'expérience sur cette formation.
Damien Brickler Grosset
Publié le   à 13h28
4 min
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3 questions à Julie Kacedali, psychologue de l’EMAS Lille Centre – APF France Handicap 

Pourquoi avoir imaginé cette formation atypique ?

Aujourd’hui, la théorie sur l’école inclusive est clairement accessible aux enseignants, mais une fois en classe, la mise en pratique est bien difficile! C’est ce que nous avons constaté au sein de nos équipes mobiles d’appui à la scolarisation (EMAS). La création de cette expérimentation pédagogique début 2023, vise à mettre les enseignants dans la peau d’un élève atteint de handicap, et de les confronter aux mêmes obstacles. Elle les aide à contourner ces difficultés, mais aussi àtrouver une solution qui réponde à l’hétérogénéitéde la classe, et pas uniquement aux besoins isolés de l’élève. La formation est basée sur une expertise médico-sociale, axée sur le ressenti et l’analyse des besoins, et sur l’adaptation des cours. C’est pourquoi le projet a été coconstruit avec l’Éducation nationale, et qu’il a pris plus de trois ans à se mettre en place. Mais je suis convaincu que cette double expertise fait aujourd’hui la force du dispositif.

Concrètement, qu’apprennent les professeurs ?

Lors de la première journée, une quinzaine d’enseignants sont en immersion dans une salle de classe, pour travailler leur compréhension des ressentis de l’élève et du fonctionnement de son cerveau. Le deuxième jour, nous leur faisons découvrirdes outils et des méthodes pédagogiques pour rendre les cours plus accessibles.

Par exemple, lors d’un exercice, au lieu d’installer cinq minuteurs ou sabliers différents sur les tables des élèves, l’enseignant projette une minuterie au tableau pour toute la classe. Nous veillons aussi à mettre les enseignants dans des situations de surcharge cognitive ou sensorielle dans le but de développer leur empathie.

Quel recul avez-vous sur l’efficacité de ces classes immersives?

La demande de participation aux classes immersives est massive. La première session a enregistré 160 demandes. La formation terminée, les enseignants répondent à des interviews pour nous confier leurs impressions. Ce qu’il en ressort est très positif. Ils se rendent compte de la fatigue que peuvent éprouver les élèves atteints d’un handicap. Ils gagnent en bienveillance et en empathie. I

ls ont également compris qu’il ne s’agit pas d’une adaptation à un individu, mais d’une conception universelle des apprentissages, qui sert à la classe entière. En comprenant cette méthode, l’enseignant reconnaît un gain de temps et une diminution de la pression qu’il pouvait ressentir auparavant.

Ces retours d’expérience nous donnent envie d’ouvrir cette formation aux AESH et de la déployer dans d’autres académies en France.


En chiffres…

  • 93 % des enseignants ont déjà accueilli dans leur classe un élève en situation de handicap ou présentant des troubles dys. Pourtant, seuls 20 % des enseignants ont reçu une formation spécifique pour accompagner ces élèves.
  • 42% des enseignants formés estiment qu’ils sont bien intégrés au collège et au lycée, contre 29% des enseignants non formés.
  • 57% des enseignants formés estiment que les élèves en situation de handicap sont bien intégrés à l’école élémentaire, contre 45% des enseignants non formés.

Source: étude IFOP pour le collectif d’associations «Ma place c’est en classe» (2024)


Marine, enseignante de SVT au lycée


« On rencontre tous les jours des élèves atteints de différents troubles, et je me sentais dépassée, car même en essayant d’adapter mon travail, ce n’était jamais suffisant. Cette formation me permet de me mettre à la place des élèves et de comprendre leurs difficultés.

Aujourd’hui, après avoir moi-même vécu ces difficultés, je peux m’adapter avec des outils et des méthodes parce que j’ai compris ce dont ils ont vraiment besoin. »

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