Des gros bras pour casser l’isolement

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Des gros bras pour casser l’isolement

Chaque jour, les pompiers et brancardiers portent des milliers de patients pour des rendez-vous médicaux. Nicolas Chevalier, lui-même ambulancier, a eu l’idée de réorienter ce savoir-faire, pour permettre à des personnes handicapées ou isolées de sortir de chez elles ou de visiter des monuments. C'est ainsi qu'est né Portez-moi pour un rêve.
Christel Quaix
Publié le   à 14h26
3 min
Des gros bras pour casser l’isolement
Benarame, chauffeur de camions, arrive avec Alexandre en haut de Notre-Dame de Paris. © Portez-moi pour un rêve

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Comment vous est venue l’idée de porter des gens en dehors des « heures de service » ?

Un homme que je transportais en ambulance pour ses consultations médicales souhaitait déjeuner au restaurant avec des amis. J’ai effectué des recherches pour lui et j’ai réalisé qu’aucune structure n’existait pour l’y conduire. Pour quelques marches ou à cause de leur handicap, des personnes se retrouvent complètement bloquées chez elles. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. Une autre fois, j’ai conduit une femme en Ehpad. Elle m’a demandé de m’arrêter cinq minutes afin de regarder son jardin une dernière fois. Elle ne l’avait pas vu depuis six ans: six ans qu’elle n’avait pas quitté l’étage de sa maison ! Cet épisode m’a donné l’élan pour me lancer.

À quelles demandes répondez-vous ?

Nous sommes aujourd’hui environ 200 bénévoles tous passionnés, des ambulanciers, des pompiers, des rugbymen, des footballeurs qui faisons des portages sur notre temps libre. Nous offrons de simples sorties ou des visites culturelles avec quatre piliers : le plaisir du participant, le respect de sa fatigue, de sa sécurité et du monument. Les gens nous découvrent via les réseaux sociaux. La demande est exponentielle, je n’arrive pas à répondre à toutes les sollicitations. J’ai investi mes économies dans ce projet, et nous ne vivons que de dons. J’aimerais arriver à travailler en tant que salarié et à étendre notre modèle à l’échelle nationale.

Vous répondez également à des « derniers rêves ».

C’est le deuxième volet de notre activité. De mes 18 à mes 28 ans, j’ai été l’accompagnant de ma mère, décédée d’un cancer à 52ans. Je sais combien les derniers moments sont durs, et combien ils restent ancrés dans la mémoire des proches. Créer un dernier beau souvenir pour la personne et les aidants me semble vraiment précieux. J’espère soulager ainsi un peu les familles, et c’est certainement ce qui me met le plus en joie aujourd’hui. Je pense à Nicolas qui voulait voir sa fille monter à cheval une dernière fois. Nous avons rendu son rêve possible, et trois jours après, il mourait.


C’est du vécu

Ophélie, mère de Gabin, porteur de la myopathie de Duchêne

« Gabin a pu non seulement visiter Notre-Dame, mais aussi monter au clocher ! Six porteurs se sont relayés pour lui permettre cette ascension. Pour lui, c’était magique. Pour une fois, notre fils s’est senti privilégié. »


Benarame, chauffeur poids lourds et footballeur

« Je ne connaissais pas le monde du handicap. À la demande de Nicolas, j’ai effectué un premier portage. De retour chez moi le soir, j’étais parcouru de frissons tant j’étais ému de me sentir utile et de voir des familles apaisées. Depuis, j’ai posé des jours de congé pour réaliser des portages, et je sensibilise au maximum autour de moi, notamment dans les clubs sportifs, pour trouver d’autres bénévoles. Alors oui, à la fin de la journée, je suis fatigué, mais épanoui. Le sourire de Gabin en haut de Notre-Dame, c’était inestimable. »


Qui sont-ils ?

  • 300 portages depuis la création de l’association en 2023
  • 63 monuments visités dans dix régions en France, sans oublier la Tour de Pise en Italie
  • 12 « derniers rêves » accomplis
  • Plus d’infos sur portezmoipourunreve.fr

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