Amour traumatique ?

Chroniques Points de vue

Amour traumatique ?

Sophie de Coatpont
Publié le   à 11h35
3 min
Amour traumatique ?

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L’amour est un thème de prédilection et une revendication permanente depuis mon adolescence. Qui n’est pas assoiffé d’amour, me direz-vous ? Certes, nous avons en partage une nostalgie de l’amour divin, explicite ou non, qui peut expliquer une immense soif d’amour ressentie par tous. Mais je discerne en moi un tel désir de reconnaissance que sa source me semble d’origine traumatique.

Des dizaines de psychothérapies, des prises de traitements multiples, une longue hospitalisation et de nombreuses retraites de guérison intérieure m’ont permis de sortir la tête de l’eau et d’avancer dans la vie. J’ai même construit une vie intéressante et engagée avec mon mari, dont je suis fière et heureuse. Mais le traitement des traumatismes a été renouvelé cette année, par la découverte de la thérapie ICV (Intégration du cycle de vie), et un courage remobilisé pour affronter encore une fois, les cauchemars de mon histoire…

J’ai grandi à la recherche constante de regards aimants, d’écoutes attentives et d’intérêt renforcé pour les milles anecdotes que j’ai, à toute heure, envie de raconter. Oui, j’ai cherché des mères, des pères, beaucoup: tout autour de moi,parmi des cheftaines, des professeurs, des infirmières, des psychologues, des prêtres, des moniteurs d’équitation…

Je me souviens, par exemple, au lycée, avoir régulièrement guetté la voiture d’une enseignante qui passait par l’avenue où je partais en courant après les cours – juste pour croiser son regard! Pendant que mes copains du lycée détalaient dès que la sonnerie retentissait versles cafés du quartier, pour fumer des clopes et rejoindre leurs flirts du moment, moi, je cherchais le regard de«maman».

«Derrière nos étiquettes de schizo-affectifs, de bipolaires ou de borderline, derrière nos traitements de cheval, se cache aussi, parfois, un cœur toujours meurtri, dont personne ne se soucie vraiment.»

J’ai eu peur le jour où, adulte, j’ai pris plus concrètement la mesure de cette béance affective: nous étions en famille dans un parc, avec mes neveux âgés de moins de 10 ans, pour faire avec eux, un parcours d’accrobranche. Dès que je franchissais moi-même une étape, je m’arrêtais, à la recherche du regard fier et encourageant de mes parents sur moi, leur benjamine. Oui mais voilà, j’avais déjà plus de 30 ans et mes parents, tout naturellement, s’enthousiasmaient plutôt des prouesses de leurs petits-enfants! Je me souviens de ma tristesse, et surtout du sentiment de détresse lorsque je réalisais que j’étais encore, sur certains aspects, au stade affectif des 3-6 ans…

Faire mémoire de ces épisodes de vie m’arrache des larmes. Et je vis une compassion immense vis-à-vis de moi-même, qui adoucit un peu ma douleur. Car elle me montre que je sais me décaler de ces blessures profondes, et prendre soin de moi. Derrière nos étiquettes bien définies de schizo-affectifs, de bipolaires ou de borderline, derrière nos traitements de cheval, et même parfois derrière nos récits de rétablissement bien structurés, se cache aussi, parfois, un cœur toujours meurtri, dont personne ne se soucie vraiment, un cœur qui saigne encore, un cœur d’enfant bloqué àNeverland…

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