Vols en série
Septembre est de retour. Les vacances sont finies. À notre retour à notre domicile, nous avons eu la surprise de la découverte d’un petit cambriolage. Moment désagréable certes, heureusement sans trop de gravité au final car les intrus n’ont eu le temps de chaparder que quelques objets laissés à l’extérieur. Parmi les biens qu’ils ont emportés, une mosaïque décorative que nous avions achetée à la vente annuelle d’une fondation dédiée aux personnes handicapées.
Situation contrariante, car nous trouvions belle cette mosaïque, réalisée par un des jeunes adultes accueillis par cette fondation, qui, par-delà son handicap, avait manifestement un certain talent artistique. J’avais été très heureux d’acquérir cette œuvre lors de la vente caritative, et j’avais été frappé par le regard plein de joie que m’avait manifesté, au loin derrière le comptoir, ce jeune adulte en me voyant sortir quelques billets en échange de sa réalisation. Pensant à ma fille qui sera dans le même genre de contexte dans quelques années, je souhaite par mon modeste achat avoir apporté à ce jeune homme une dose de reconnaissance et contribué à l’amélioration de son estime de soi. Cela n’a pas de prix, il me semble.
Je me suis imaginé ces derniers jours lui dire que son œuvre avait été volée, comme la Joconde! -lui témoignant ainsi, malgré la dimension condamnable du larcin, une forme de consécration artistique. Le côté cocasse de la situation me réjouit : cette mosaïque a été considérée comme digne de valeur par d’autres que moi.
Au même moment que notre cambriolage, ces dernières semaines, j’apprends que les données et fichiers de l’administration du handicap (la MDPH) dont relève Roxelane ont fait l’objet d’une cyberattaque. Tous les éléments de son dossier, dont les aspects médicaux, sont aux mains d’escrocs qui demandent rançon en échange de la restitution des données. Au-delà des nuisances réelles engendrées par cette attaque, -dossiers bloqués, décisions retardées, financements suspendus-, il y a un aspect déconcertant et peu intuitif à se dire que les données liées au handicap de son enfant ont une valeur et font l’objet d’un chantage pour être monnayées. Le cocasse devient malsain cette fois. Comme si le handicap n’était pas déjà suffisamment pénible à gérer, une telle pratique laisse songeur et ouvre un abîme de réflexion sur la notion de mal.
C’est la rentrée, et j’aurais bien aimé rester un peu plus longtemps sur mon petit nuage, loin de ces préoccupations. Je préfère en rire et cherche à ne pas me faire affecter par le négatif de ces situations. Ma petite voix intérieure vient me rappeler fort à propos ce verset du prophète Esaïe : «Tu as du prix à mes yeux et je t’aime» (Es. 43.4). Ces cambrioleurs et cybercriminels ne pourront jamais ôter cela à Roxelane et à tous ses petits et grands camarades.
Guillaume Kaltenbach est père de trois enfants dont Roxelane, 16 ans, atteinte de troubles du spectre autistique. De confession protestante, ce chef d’entreprise est impliqué dans différentes initiatives professionnelles et bénévoles visant l’amélioration de l’inclusion des personnes handicapées.