« Une place pour Pierrot » : un film sur la difficile inclusion d’un homme autiste
Camille est avocate. Pas du genre à se laisser faire. Alors, quand il s’agit d’injustice au sujet de son frère autiste, Pierrot, elle sort l’artillerie lourde. Ce dernier est interne dans un foyer médicalisé. Comme un triste reflet de la réalité du monde du médico-social actuel, Camille constate que son frère va mal. Mauvais traitement médical, peu de suivi… Du jour au lendemain, elle décide de le ramener chez elle, où vit aussi sa fille, Emma. La cohabitation n’est pas des plus aisées. L’attachant Pierrot au sourire doux crèche dans le salon, a de nombreux tocs, aime rester en tenue d’Adam dans l’appartement, jouer de la musique tard dans la nuit… Trouver une solution d’habitation plus pérenne devient urgent, rejoignant la réalité de nombreuses familles en quête d’une place pour leur enfant handicapé, surtout quand vient l’âge adulte. Grâce à un ami de Camille, restaurateur dans le quartier, une porte s’ouvre pour que Pierrot vive dans une ferme agroécologique, tenue par un couple de maraîchers qui emploient des personnes handicapées.
À première vue, la fiction sonne un peu gentillette. Le choix de Grégory Gadebois -d’une grande et touchante expressivité- pour interpréter Pierrot, interroge à l’heure où de plus en plus de rôles de personnages avec un handicap sont joués par des personnes handicapées elles-mêmes. La réalisatrice se justifie ainsi: «Grégory a très vite compris pourquoi je faisais le choix d’un acteur non-autiste pour ce rôle, car seul un interprète permettait de faire évoluer subtilement le retour à la vie du personnage et de permettre un processus d’identification pour le spectateur.» Le film paraît aussi trop beau pour être vrai. En quelques mois, Camille tombe sur le projet parfait pour Pierrot, pile au bon moment, dans un endroit magnifique, chaleureux, créé par des personnes dévouées. Et pourtant, ce côté utopiste prend un tout autre sens lorsque l’on connaît la «vraie» histoire. Celle de la réalisatrice, Hélène Médigue, cette ancienne «petite fille qui observait son grand frère autiste par l’encadrure de la porte», comme elle aime se décrire elle-même. Hélène Médigue, qui incarne une maraîchère dans le film, a créé voilà cinq ans les Maisons de Vincent. Dans ces colocations aux petits effectifs résident des adultes autistes. Des activités et formations autour de l’agroécologie leur sont proposées. Dans le film, Pierrot découvre ainsi la Ferme de Mathilde, nichée au bord d’une plage de la Côte d’Opale, lumineuse et chahutée par les vents. Là-bas, on prend soin des hommes et de la terre. Alors on se surprend à se dire que si, cet idéal est possible, et à rêver plus grand.
Un film d’Hélène Médigue. En salles, le 10 septembre.