Une minute de frappe intense
Plus jeune, j’étais très sportive. A mesure que je grandissais, les problèmes psychiques m’ont envahi, et j’ai stoppé ces activités pourtant bénéfiques. Il faut dire que la première expression de mes maux s’est révélée particulièrement invalidante: j’avais des crises d’angoisse très fréquentes, et dans n’importe quel lieu. J’étais malade d’angoisse chaque matin au lycée ou bien en voyage à l’étranger par exemple.
Je pensais que pratiquer un sport avec d’autres m’aurait mis en difficultés, et j’ai eu tendance à me renfermer sur moi-même.
J’ai remplacé l’activité physique par une «vie intérieure» très foisonnante: je me suis mise à gamberger sur tout, avec un doute prononcé sur moi-même et une réflexion en boucle. Je m’analysais en permanence, en prolongeant indéfiniment, et seule, mes séances de psychothérapie.
Bien souvent, ces pensées se sont révélées stériles. J’ai remarqué qu’en état de crise, je n’avais aucune prise sur ce fonctionnement. Alors, je restais allongée pendant des heures, et je subissais mes pensées qui m’assaillaient.
J’ai pourtant fait un jour une expérience inoubliable: un psychologue m’a permis de découvrir un moyen simple d’aller mieux. J’étais arrivée en séance dans une grande confusion mentale, et très déprimée, et il m’a proposé de taper avec une raquette sur un cheval d’arçon, en criant! Après quelques minutes de frappe intense, un sourire m’a envahi. La paix est revenue.
Depuis, je me suis équipée d’un punching-ball et de gants de boxe… J’ai refait plusieurs fois cette expérience à domicile, en récoltant les mêmes fruits d’apaisement, et même parfois de joie. Comme le clame une de mes amies paire-aidante qui pratique ce sport de combat, «une heure de boxe, et le monde est changé!»
Se défouler n’est certes pas la réponse à tout état de mal-être. Je constate malgré tout que nous sommes nombreux à retourner la colère contre nous, et à nous laisser manger de l’intérieur par cette énergie.
Et si la mise en mouvement était un chemin privilégié de rétablissement? Si le corps était notre principal allié dans cette lutte contre des symptômes psychiques envahissants?
A chacun de trouver sa manière de se mettre en mouvement, d’intégrer son corps dans son parcours de rétablissement, pour avancer vers l’équilibre, tant recherché.
Sophie de Coatpont– le 28 octobre 2024
Sophie de Coatpont, atteinte de bipolarité, se destine à être médiatrice de santé paire en psychiatrie. Elle suit actuellement une licence professionnelle à l’université et travaille dans une association à temps partiel, où elle apprend à accompagner des adultes avec un handicap psychique. Avec ses mots qui frappent sans jamais abîmer, trempés dans sa foi et sa soif de vivre, Sophie de Coatpont traverse le fil précaire de l’existence, en quête d’équilibre.


