Témoins

Emploi et handicap : « Je ne veux pas retourner en milieu ordinaire »

Margot, à 33 ans, est atteinte du syndrome de DiGeorge qui a entraîné un trouble cardiaque congénital. Après une scolarité et des débuts professionnels en milieu ordinaire, elle a fait le choix de rejoindre le secteur protégé où elle a mieux trouvé sa place.
Christel Quaix
Publié le   à 13h56
3 min
Emploi et handicap : « Je ne veux pas retourner en milieu ordinaire »

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Ma scolarité a été difficile. Grâce à l’implication de mon lycée et à l’association Votre école chez vous (Paris XI), j’ai pu obtenir un bac pro secrétariat. J’ai tout de suite cherché du travail. En raison de ma fatigabilité, je souhaitais un temps partiel. Je n’ai jamais caché mon handicap. Mais cette demande de temps partiel, combinée à un handicap, a compliqué ma recherche. Je sentais que les recruteurs préféraient embaucher des personnes avec qui tout serait plus simple.

Quand j’arrivais à passer entre les mailles du filet, une fois en poste, ce n’était pas évident. Le démarrage était toujours difficile, car il y a beaucoup de choses à apprendre, de personnes à rencontrer. Le rythme en milieu ordinaire était trop soutenu pour moi. Les choses n’étaient sans doute pas assez claires pour mes collègues. J’ai aussi subi du harcèlement verbal. J’ai enchaîné des CDD durant six ans, sans jamais décrocher de CDI.

Postuler en ESAT

Un membre de ma famille, médecin du travail, m’a conseillé de postuler en ESAT. Cela n’a pas été facile à entendre. J’avais fait tout mon cursus en milieu ordinaire. Aussi, j’étais inquiète de me retrouver avec des personnes handicapées que je n’avais jamais côtoyées. Je crois que j’acceptais mal mon handicap. La chargée d’insertion de l’ESAT m’a proposé des contrats d’accompagnement « hors les murs ». J’étais membre de l’ESAT, mais je ne travaillais pas dans les ateliers. Puis ma position a évolué, et, en 2021, j’ai souhaité rejoindre les ateliers de l’ESAT, où je m’épanouis désormais dans le travail. Au début, j’étais impressionnée.

Le contact n’était pas toujours évident. Et maintenant, je suis à l’aise avec ceux qui communiquent moins, et j’ai de bons échanges avec les autres. Nous rigolons beaucoup. J’ai des amis de mon âge, ce qui me change du milieu ordinaire. Tout l’encadrement est attentif à ma santé. Habitué au handicap, il comprend ma fatigue. En plus, grâce à mon travail en ESAT, j’ai pu intégrer un foyer d’hébergement, et je ne vis plus chez mes parents. Avec des CDD, je n’avais accès à aucune colocation. à chaque bilan annuel, ma chargée d’insertion me reparle du milieu ordinaire, mais je ne veux surtout pas y retourner. Je ne regrette absolument pas mon choix !

Extrait tiré du dossier « Dévoiler son handicap au travail ». (OL n°256, 2023).

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