À Paris, une autre coupe du monde de foot se joue
À Paris, une autre coupe du monde de foot se joue
Dans le rond central du terrain du stade Charléty, dans le 14e arrondissement de Paris, l’entraîneur Renaud Francheteau répète la consigne de l’exercice à venir : « Il faut annoncer à voix haute le prénom de la personne à qui vous souhaitez faire la passe. »
Autour de lui, une vingtaine de jeunes commencent à serpenter avec le ballon. « L’idée, c’est d’apprendre à se connaître », continue l’entraîneur. Car c’est seulement la deuxième fois, ce vendredi de juin, que les joueurs, filles et garçons, des équipes de France de football unifié sont réunis. La discipline mélange des footballeurs valides – appelés « partenaires »– et des footballeurs présentant un léger handicap mental – appelés « athlètes ». Tous préparent la troisième édition de la Coupe du monde de football unifié qui rassemble vingt-trois pays dans la capitale.
Alors que les jeunes joueurs multiplient les exercices, sur le bord du terrain, un groupe de supporters entonne la chanson « Ramenez la coupe à la maison » du rappeur Vegedream, diffusée en boucle après le sacre de l’équipe de France de football en 2018. Ce sont des pensionnaires de l’IMPro Roger Lecherbonnier de Palaiseau (Essonne), venus encourager les sept membres de l’établissement intégrés dans l’aventure.
Gagner la Coupe du monde
Ceux-ci ont été sélectionnés en 2025 lors d’une détection à laquelle les Instituts médico-professionnel et éducatif (IMPro et IME) de la région parisienne pouvaient participer. Parmi eux, beaucoup avaient au moins une petite expérience footballistique, dont Daniel, 20 ans: « Je suis gardien depuis toujours, précise-t-il dans les vestiaires. Je suis très fort, j’arrête tous les buts. »
Youssef, lui, vient de boucler sa première saison avec l’équipe senior de sa ville. C’est un pensionnaire de l’IME Les Glycines de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Comme Mathis, un grand bonhomme de 19 ans aux cheveux courts, qui nous confie sa motivation : « On (les athlètes) s’entraîne tous les vendredis à Orly. Le but c’est de gagner la Coupe du monde. »
Ce fan du PSG – « mais mon père supporte Marseille », sourit-il – offre spontanément quelques éléments de sa vie. « Mon père et ma mère sont séparés, c’est un peu dur. Je travaille aux espaces verts de Chatou. Je ne sais pas lire ni écrire, mais je suis en train d’apprendre. »
Améliorer les relations avec les autres
Juttina, elle, est moins bavarde. Prise en charge par un IMPro de l’association HAARP dans le Val-d’Oise, elle semble également mal à l’aise sur le terrain. « Le foot, ce n’est pas son domaine, mais elle aime le sport », renseigne Tegy Trebiliphe, l’éducateur spécialisé qui l’accompagne. Selon lui, l’initiative permet à la jeune fille de 17 ans d’améliorer ses relations avec les autres. « Elle a des difficultés pour gérer ses émotions, assure l’éducateur. Ici, elle ne peut pas se mettre en colère sans explication. Et c’est plus facile à entendre si ce sont des jeunes de son âge qui lui demandent de se calmer. »
Les « partenaires » qui l’entourent sont pour la plupart des jeunes du centre de formation du Paris Football Club. Le club fait partie des partenaires privés qui assurent le tiers du financement de la compétition. Le reste l’est par les collectivités et les fonds propres de l’organisateur, les Jeux olympiques spéciaux – ou Special Olympics.
Rendre visible le handicap
En organisant le tournoi à Paris, le comité français promeut sur le sol européen une discipline capable de faire vaciller les barrières entre les valides et les personnes handicapées. « Comme le football est un sport très populaire, le football unifié permet de rendre visible le handicap, illustre l’entraîneur Renaud Francheteau, également éducateur à l’IME Les Glycines de Saint-Germain-en-Laye. C’est une manière de prolonger l’inclusion recherchée dans le milieu scolaire. »
Parmi les jeunes du Paris Football Club qui se sont portés volontaires pour participer au tournoi, les motivations sont diverses. « Humainement, c’est incroyable, car on fait des nouvelles rencontres, se réjouit Maelly, la gardienne de 18 ans du PFC, interrogée en pleine action. La communication entre nous peut être compliquée, parce que certains sont malentendants. Mais on finit toujours par se comprendre. »
Tout le monde récompensé
Jared, lui, avait déjà été sensibilisé au handicap par l’intermédiaire de son cousin. « Dès sa naissance, on nous a dit qu’il ne pourrait pas marcher », informe le capitaine de l’équipe de France des garçons. Le projet lui plaît beaucoup ; malgré son entorse à la cheville, le jeune homme de 16 ans a tenu à être présent ce vendredi. La compétition n’a pas encore commencé, mais a déjà convaincu les plus réticents, à en croire le témoignage d’Oumou.
La jeune défenseuse du PFC est arrivée sur la pointe des pieds. « Je ne m’y connaissais pas en sport pour les personnes en situation de handicap », explique-t-elle. Les premiers entraînements ont totalement dissipé ses appréhensions. La voilà désormais enthousiaste. « On a pris le temps de s’écouter et de créer du lien. Maintenant, je suis prête. » Si les trois premières équipes recevront une médaille, les organisateurs assurent que tout le monde sera récompensé. Avec les Special Olympics, l’important c’est vraiment de participer.
Special Olympics?
Fondé par Eunice Kennedy, la sœur de John F. Kennedy, en 1968, le mouvement propose des compétitions sportives pour des enfants et des adultes avec un handicap mental. Celles-ci ont été reconnues en 1988 par le Comité international olympique.
Aux États-Unis, la compétition bénéficie d’une reconnaissance importante des médias et des sponsors – les deux premières éditions ont eu lieu à Chicago et à Detroit.
À lire aussi, le reportage : À Handidanse, rien n’est impossible à celui qui danse