Avez-vous vu la série « Des vivants » ? Produits il y a quelques mois, ses épisodes retracent la terrible tragédie du Bataclan de novembre 2015. On suit le parcours chaotique de plusieurs otages rescapés, qui tentent de reprendre le cours de leur vie. Dans le premier épisode, l’un d’eux raconte ses souvenirs dramatiques de la prise d’otage. Il perçoit alors le silence gêné, le regard fuyant, une lassitude de ses auditeurs. « Il est temps de partir », dit l’un des présents. Le rescapé lâche alors : « Au début, tout le monde vous prend dans ses bras… À un moment donné c’est trop, on n’en veut plus, et nous, ça nous laisse avec une solitude plus grande encore. Ça s’arrête vite, la compassion. »
Cette scène de quelques minutes est intense, et surtout provocante. Le personnage exprime sa déception, sa colère, un sentiment d’abandon, de manque d’écoute aussi. Le scénario n’est pas directement biographique. Mais la scène dit bien la difficulté à tenir face à la détresse de l’autre. Et peut-être plus encore, combien il est dur de rester présent face à la répétition de la souffrance, quand l’absence de solution évidente mine notre patience.
« Quand l’absence de solution mine notre patience, nous expérimentons notre vulnérabilité. »
Pourtant, c’est dans cette impasse que nous pouvons mieux découvrir la compassion. Car c’est précisément là que nous expérimentons notre vulnérabilité. Et la compassion, comme son étymologie l’indique, c’est bien de souffrir avec. Souffrir d’une difficulté à accompagner, à rester à l’écoute. Se révéler incapable de trouver la solution magique face à la souffrance de l’autre. Ainsi, ce n’est plus une personne vulnérable face à un « sachant », mais deux personnes qui se savent vulnérables.
Dans les débats bioéthiques actuels, sur l’euthanasie ou sur l’assistance médicale à la procréation, le mot « compassion » est souvent brandi. Pour provoquer la mort d’une personne en fin de vie, ou pour justifier une sélection entre embryons s’ils sont porteurs d’anomalies. La petite séquence des « Vivants » vient percuter ce discours.
Une compassion à durée déterminée, qui inscrit sa fin dans un calendrier, est-ce vraiment de la compassion ? Tout mettre en œuvre pour accompagner, soulager et rester aux côtés de la personne malade, souffrante, me semble les traits d’une compassion véritable. Dans les débats bioéthiques actuels, plaidons pour la compassion à durée indéterminée, celle qui prend patience, et ne cherche pas son intérêt.
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