Toujours pas de sous-titres à l’horizon !
Il y a plus de dix jours a eu lieu la remise des César 2026. L’événement fut, paraît-il, mémorable, avec comme maître de cérémonie, Benjamin Lavernhe. Il a relevé le niveau des soirées César des années précédentes. Plusieurs films français ont été récompensés pour la prouesse des acteurs, le scénario ou la réalisation. Après avoir été diffusés dans les salles obscures, ils sont enfin disponibles en ligne ou en DVD, avec sous-titrage.
Mais voilà, il m’a fallu un an pour accéder à ces films qui ont déjà fait l’objet d’articles dans les journaux et de critiques. Autant vous dire que j’en ai perdu l’envie de les découvrir. L’accès au cinéma, en 2026, pour les sourds et malentendants, est toujours aussi difficile avec des séances sous-titrées, dans certains cinémas, à des heures improbables – un mardi après-midi à 15h, par exemple.
Car figurez-vous que les personnes sourdes ne sont pas seulement des retraités qui ont perdu de l’audition. Figurez-vous aussi, incroyable cela puisse paraître, qu’elles ont une vie professionnelle tout comme ceux qui bénéficient d’oreilles en parfaite santé ! J’en parlais déjà dans une chronique en 2023. La situation n’a guère évolué depuis, malgré les demandes incessantes des associations de sourds.
La raison de ces séances à part ? « Les sous-titres gênent les clients. » J’ai sondé les clients en question, aucun n’est gêné par la présence de sous-titres. Nombreux sont ceux qui les utilisent au quotidien sur leur portable quand ils regardent des vidéos sans le son, ou qu’ils vont voir un film en version originale au cinéma. Ce n’est pas un problème de technique : les cinémas sont tout à fait en mesure de mettre des sous-titres en français à l’écran, contrairement à ce qu’ils prétendent. Simplement, ils le refusent par peur de faire fuir la clientèle.
C’est d’autant plus étonnant que les technologies numériques sont aujourd’hui omniprésentes dans l’industrie cinématographique, ainsi que le rappelle un certain Romuald, parent d’un enfant malentendant, à l’origine d’une pétition pour « rendre le cinéma accessible à tous ». « Le cinéma doit rester un plaisir universel, pas un privilège », conclut-il dans la présentation de sa pétition.
Cette pétition, je viens de la signer – ainsi que mes amis sourds et malentendants. Ma famille également, témoin de trop nombreuses fois où j’ai dû renoncer à une séance familiale en l’absence de sous-titres français, ou à un changement de film en dernière minute. À l’heure où les cinémas perdent de leur clientèle, concurrencés par les géants comme Netflix ou Amazon et le confort douillet du chez-soi, il serait temps pour lui d’ouvrir les portes aux 6 millions de personnes françaises avec une perte d’audition.
Alors se rempliront peut-être les salles obscures, et sortiront à nouveau les personnes sourdes dans la rue, d’un lieu convivial où elles se sentent incluses et comprises.