Chroniques

Sous un parapluie

cdelagoutte
Publié le   à 12h15
3 min
Sous un parapluie

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Il pleut à verse. Je m’apprête à rentrer chez moi, dégoulinante. J’ai déjà la main sur la poignée de la porte quand tout à coup, à côté de moi, une voix m’interpelle vivement : « Bonsoir, Madame, moi c’est Samy et mon amie, c’est Lucia. On se demandait si on pouvait prier pour vous ». Je tourne la tête, passablement surprise. Les deux jeunes gens que j’ai devant moi ont l’air plutôt sympathiques et avenants.

Toutefois, je me méfie un peu. C’est peut-être une secte ?

– Vous êtes de quelle religion ?

– On est chrétien.

– Tiens, c’est drôle, moi aussi. Mais… Vous voulez prier pour moi comme ça, sous la pluie?

– Mais oui, pourquoi pas?

– C’est vrai, pourquoi pas. Mais au fait, pourquoi ?

– Ben… On a vu que vous aviez du mal à marcher, alors on a eu envie de prier pour votre guérison.

Je reste un instant éberluée. J’ai la tête encore toute pleine de ma journée de travail… L’espace d’un instant, j’avais oublié que je portais un handicap. Eux non, apparemment. Voilà qui remet les pendules à l’heure. Les questions se bousculent dans ma tête. Les émotions aussi. Qui dit que j’ai envie d’être guérie ? Qui sont-ils, ces deux-là, pour m’aborder de manière aussi frontale, et sur un sujet aussi intime ? J’hésite entre la révolte, l’amusement et la sympathie. Je choisis finalement cette troisième voix.

Aprèstout, s’ils ont envie de prier pour ma guérison, pourquoi pas. Ce serait bête de décourager les bonnes volontés. Et puis, qui sait ? Les chemins que Dieu choisit pour agir sont la plupart du temps bien mystérieux. Peut-être que je serai guérie grâce à eux. Je ne sais pas s’ils ont la foi, mais en tout cas ils ont de l’audace. Et ça compte.

Peut-être aussi vont-ils se convertir. Je m’amuse à penser cela. Ce serait l’arroseur arrosé ! Peut-être vont-ils découvrir que le handicap n’est pas seulement un poids lourd dont il faudrait se débarrasser, mais aussi la source inattendue d’une belle fécondité. En tout cas, c’est ainsi que je le vis. Mais c’est difficile à expliquer. Il est des sujets que seuls le temps et la profondeur permettent de dévoiler.

Lucia et Samy sont protestants évangéliques. Je suis catholique.Àce jour mon handicap est toujours là, et je ne sais pas ce qu’ils ont gardé de cette rencontre.

Mais je trouve assez beau de penser que par l’intermédiaire de ma fragilité, trois chrétiens qui ne se connaissaient pas se soient retrouvés à prier ensemble, un soir, dans la rue, sous un parapluie. C’est peut-être un miracle.

Cécile Gandon, 17 mars 2025

Porteuse d’un handicap moteur, Cécile Gandon met sa créativité et sa finesse au service de la Fondation OCH. Elle a publié «Corps fragile, cœur vivant» (Emmanuel).

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