Chroniques

Soignant soigné

cdelagoutte
Publié le   à 14h09
3 min
Soignant soigné

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«J’aime vraiment beaucoup mon métier d’infirmière. On est dans la vie, la vie des gens avec leurs hauts et leurs bas. J’aime voir Madame X avec sa petite veste rose, toute pimpante et maquillée. Je suis contente de découvrir que M. Y a été souffleur de verre quand il était jeune. Ça me fait plaisir quand j’aperçois une aide-soignante discuter quelques minutes avec deux patientes dans le couloir.»

Assise dans un café, j’aime à écouter cette amie me raconter son travail. Au fur et à mesure de son récit, des souvenirs d’hôpital me reviennent. « Ce que je trouve le plus difficile, poursuit-elle après un silence, c’est d’avoir si peu de temps à accorder à chaque patient. Cinq minutes à peine. Certains patients, du fait de leur maladie, sont agressifs. D’autres sont agités. L’autre jour, un homme était à quatre pattes dans son lit médicalisé, cramponné aux barreaux – il voulait s’asseoir sans y arriver. J’ai dû faire appel à une autre soignante pour l’aider à sortir de cette situation. Puis, la petite dame en veste rose s’est mise à déprimer, en me disant que maintenant, plus personne n’avait besoin d’elle. C’est dur. Dans ce service, j’ai une autre dame qui appuie sans cesse sur le bouton d’appel d’aide, en croyant avoir affaire à la télécommande. Elle s’étonne de ne pas parvenir à changer de chaîne ! ». « Eh oui, ma vie d’infirmière en EHPAD, c’est ça ». Entre rires et larmes, je suis touchée des confidences de cette amie, une palette d’émotions aussi variées que la vie.

«Tu sais, lui dis-je, tout ce que tu me racontes résonne d’une manière particulière pour moi. Je me souviens de mon expérience de patiente. C’était difficile de sentir à quel point les soignants étaient sous pression. En t’écoutant, je me demande: que pouvons-nous faire?»

«Pour moi, un bonjour tout simple peut suffire!», me répond-elle. «Et garder la juste distance. Je ne suis ni la domestique, ni la mère du malade. Et puis, de temps en temps, si on pouvait me demander aussi à moi, bonjour, comment ça va? j’avoue que cela me ferait du bien.»

J’ai aimé cet échange qui m’a donné du grain à moudre. Sans aller jusqu’à une inversion des rôles qui ne serait pas ajustée, j’en viens à me demander si au fond, dans cet univers hospitalier si pressurisé, le malade n’a pas sa petite place à prendre dans le bien-être des soignants. Faire attention à eux… Essayer d’être aimable, même si c’est loin d’être toujours facile quand on souffre. On sortirait alors un instant de la relation légitime soignant / soigné, pour entrer dans la plénitude de la relation humaine, tout simplement. Histoire de redonner un peu de souffle et de hauteur à chacun.

Cécile Gandon, ombresetlumiere.fr – 3 février 2025

Porteuse d’un handicap moteur, Cécile Gandon met sa créativité et sa finesse au service de la Fondation OCH. Elle a publié « Corps fragile, cœur vivant » (Emmanuel).

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