Éditos

Silence, on résiste !

La rédactrice en chef d’Ombres & Lumière scrute la résistance des personnes handicapées au projet de loi sur l’aide à mourir, à l'heure où l’Assemblée reprend son travail en Commission.
Marilyne Chaumont
Publié le   à 10h05
3 min
Silence, on résiste !

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Une société « inclusiverselle » : c’est le mot fabriqué par l’APF – France Handicap. L’association historique de défense des droits des personnes handicapées, après avoir mis en valeur ce concept ces dernières années, a fait connaître clairement sa prise de position en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté.

Au moment où la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale démarre ce mercredi 4 février, en toute hâte, sa deuxième lecture du texte sur le droit à l’aide à mourir, une semaine après le rejet du Sénat ; au moment où tant de personnes handicapées aimeraient descendre dans la rue pour protester, sans en avoir la force pour beaucoup, cette incohérence de la «grosse machine» laisse sans voix. D’un côté, ce grand mouvement historique de l’APF, très implanté, se bat, innove, imagine un dispositif Handi-droit, de l’autre il encourage l’adoption d’un prétendu «droit», ultra individualiste, à obtenir le suicide. Autrement dit, à baisser les bras.

Face à cette régression, plusieurs mouvements de résistance sont nés, et se sont organisés. Leurs arguments ne sont pas de même nature. Des voix issues de l’association Handi-Social s’insurgent contre la facilité avec laquelle les citoyens pourraient en finir, alors que les moyens de vivre dignement ne leur sont pas donnés. Eux dénoncent le «validisme» ordinaire, tout comme le groupe handi-féministe des Dévalideuses. En parallèle, les Éligibles et leurs aidants rassemblent des citoyens de tous bords qui pointent l’incapacité politique à assumer la vulnérabilité et le grand handicap. Ils dénoncent ce sentiment d’être des «fardeaux», des «objets de soin», alors que ni la douleur, ni la dépendance ne peuvent ôter la dignité. D’autres encore ne sont pas répertoriés. Ils s’indignent en silence.

Ces mouvements poursuivent un but commun : que la loi sur ce droit à mourir ne passe pas. Sous aucun prétexte. Les secousses à répétition qu’elle générerait seraient terribles. N’oublions pas qu’en Espagne, une jeune fille en souffrance psychique s’est jetée par la fenêtre. Devenue tétraplégique, elle est aujourd’hui au cœur d’une bataille judiciaire entre son père et l’État, car la loi espagnole valide, en soi, sa demandede suicide assisté : toute personne ayant l’usage de ses facultés et souffrant d’une «maladie grave et incurable » ou d’une souffrance «chronique et invalidante » peut l’obtenir. Seule la résistance de son père, épuisé par les tribunaux, pourrait l’aider à remonter la pente, plutôt qu’à se laisser mourir.

Alors, silence, on inclut? Ou silence, on résiste? Les députés qui avaient adopté le texte en première lecture en mai dernier, n’ont que trop peu de temps pour y penser. Mais qu’ils y pensent. Quant aux résistants eux-mêmes, puissent-ils unir leur voix, il y a urgence.

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