Chroniques Points de vue

S’il me manque l’amour

Laetitia Forgeot d’Arc
Publié le   à 13h51
3 min
S’il me manque l’amour

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Dans le train, en face de moi, il y a cette petite fille aux joues rouges qui se blottit contre sa mère. Nous ne parlons pas la même langue, mais je comprends, rien qu’à la regarder, qu’un gros chagrin va se trouver comme dissout dans ce câlin. À cinq ans, il n’y a pas de petites ou de grandes tristesses, mais il y a une solution pour les consoler. Il se dégage quelque chose d’élémentaire de cette scène, comme une illustration évidente de ce qu’est l’amour. Un refuge, une consolation, un lieu doux et chaud.

Il y a quelques jours, dans une situation toute autre, je me suis entendu conclure: «Ce doit être ça, l’amour?» Ça aussi.

Depuis quelques semaines, Paul devient inaccessible. Après tant de pas, d’avancées, de travail, c’est vraiment trop bête. Je vois une origine à ce changement: il a ouvert sa porte à quelqu’un de plus perdu que lui. Un jeune « en galère », trouvé on ne sait où et recueilli. Il me semble que le fragile équilibre a vrillé là. Dans ces quinze mètres carrés désormais partagés. Dans cette reprise de consommations risquées. Quelques rendez-vous ratés viennent confirmer qu’une inclinaison de la pente – glissante – est en train de se produire.

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Alors quoi ? Rester là, les bras ballants, et ne rien tenter ? Attendre la chute annoncée sans broncher ? Bien sûr que non. Mais une fois entendu le « fous-moi la paix », qui m’a fait perdre la mienne, je m’arrête pour considérer ce qui se joue là. Ce qui se vit là, c’est la liberté d’un garçon de désormais 25 ans. Paul fait des choix. Comme tout parent, certains d’entre eux me font trembler, d’autant que les risques encourus sont réels. Accepter ce risque, c’est lâcher. Lâcher la bride, celle que je n’ai d’ailleurs pas à tenir. Je prendrai soin de cette juste proximité – je la préfère à la « juste distance », on ne se refait pas ! – qui offre à toute relation, en particulier à l’amour, de s’épanouir.

Étonnamment, c’est ainsi que le lien restera intact. Mais surtout, l’intégrité, l’intégralité pourrais-je dire, est respectée. Je suis avec toi. Je n’ai pas mis la main sur toi. Je n’ai pas usé d’arguments prétendument légitimes pour imposer plus ou moins subtilement une façon de faire. Car je t’aime.

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