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Vie intime : la relation à soi et aux autres, ça s’apprend !

Comment amener l'enfant puis l'adolescent vers une sexualité épanouie et en parler avec les bons outils ? Ombres & Lumière a repéré quelques idées qui méritent le détour.
Caroline de La Goutte
Publié le   à 11h02
6 min
Vie intime : la relation à soi et aux autres, ça s’apprend !
© Cathy Karsenty

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1 – Dès l’enfance, s’émerveiller de son corps

L’éveil à la sexualité commence dès l’enfance. Le jeune enfant découvre ce lien en apprenant à connaître son corps en nommant ses parties et sensations corporelles. Il découvre aussi la pudeur et l’intimité, qui l’aident à se respecter et à respecter les autres. Ses émotions, y compris dans leurs manifestations physiques, demandent des mots pour comprendre ce qu’il vit et exister devant les autres. Par des paroles bienveillantes, des gestes respectueux et des supports concrets, les parents peuvent accompagner leur enfant sur le chemin d’une estime de soi fondée sur l’amour et la reconnaissance de leur propre valeur.

2 – A l’adolescence, s’ouvrir à son corps

La maturation affective chez l’adolescent passe par la construction de son identité relationnelle. Pour un jeune avec un handicap, c’est apprendre à entrer en lien de façon ajustée, à distinguer l’amour de l’amitié, à poser des limites et respecter celles des autres. À travers différents lieux relationnels – fratrie, cercles amicaux ou vie scolaire – il découvre peu à peu ce qu’aimer l’autre pour lui-même signifie. Vivre l’altérité sous différentes modalités favorise cet apprentissage et l’ajustement nécessaire à des relations respectueuses et épanouissantes.

3 – Vers l’âge adulte, offrir le meilleur de soi

L’amour pour un jeune qui devient adulte passe par l’ouverture au don. L’affectivité, comme capacité de don, s’inscrit alors dans la réciprocité, le partage et la fidélité à un engagement. Quel que soit le handicap, le jeune est invité à offrir ses talents, son temps et sa présence. Le bénévolat, l’engagement citoyen ou l’activité professionnelle deviennent autant de lieux où découvrir sa contribution au monde. C’est dans l’expérience du service que l’estime de soi s’enracine et s’élargit, suscitant la joie d’être avec d’autres et de porter du fruit au cœur de la société.


TEMOIGNAGES

Claire, mère de Raphaëla, 19 ans, atteinte de paralysie cérébrale : « Une incroyable richesse »

Raphaëlla avait 13 ans quand l’OCH a lancé un parcours  »vie affective et sexuelle ». Je ne voulais pas y assister. Il y avait certainement en moi l’envie inconsciente que ma fille reste une éternelle enfant. Poussée par une amie, j’ai rejoint le parcours et là, j’ai été touchée par tous les thèmes abordés, l’importance de la vie amicale, l’éducation à la pudeur, le respect de l’intimité… C’était d’une richesse incroyable. Ils montraient les jalons à poser dès le plus jeune âge. Les échanges nous ont permis de redresser la barre. Ainsi, on ne laisse plus filer les sorties de douche sans qu’elle soit habillée… Surtout, j’ai compris que pour que ma fille ait une vie heureuse, équilibrée, il était primordial qu’elle ait des activités à l’extérieur, des amitiés aussi. Maintenant, dans notre organisation, les activités de Raphaëlla prennent le pas sur le reste. J’ai aussi réalisé l’importance d’offrir de beaux moments festifs à nos enfants. Raphaëlla ne se mariera peut-être pas, mais nous commençons à réfléchir à une jolie fête pour ses vingt ans.»

Marie-Agnès Lochelongue, directrice adjointe d’un Centre d’action médico-sociale précoce (Camsp) : « Un espace où exercer sa liberté »


Dès qu’on parle de « vie affective et sexuelle », le « sexuel» fait tiquer. Or, il est important d’en parler dès le plus jeune âge, sans attendre que des situations plus compliquées n’adviennent avec l’adolescence. Au Camsp, les enfants ont entre 0 et 6 ans. Nous proposons des ateliers « émotions » pour travailler sur leurs réactions. Je pense à des jeunes trisomiques qui, dans l’euphorie, peuvent embrasser puis mordre la personne, ou faire des câlins trop serrés… Tout ceci se travaille.

J’ai aussi travaillé en Institut médico-éducatif pendant trois ans. Là-bas, on avait mis en place un café. Les jeunes se retrouvaient autour d’une boisson, d’un jeu de société… C’était un espace à eux, qu’ils ont pleinement investi. Il y avait un cadre très clair et des jeunes responsables. Ce type de lieu les aide à l’apprentissage de ce qui est permis ou défendu, à exprimer un choix, et, pour nous, à respecter leur liberté.

Marie, 28 ans, avec une trisomie 21 : Mon corps m’appartient…

«J’aimerais bien le refaire encore ! » Marie a suivi durant deux ans le parcours Teenstar adapté à raison d’une rencontre un samedi matin par mois, hors vacances scolaires. Elle s’y rendait toujours avec enthousiasme, heureuse de retrouver des amies et Corinne, l’animatrice. « C’était un endroit où on pouvait se parler, s’exprimer dans la joie et la bonne humeur », se souvient-elle.

« J’avais un cahier Teenstar. Une fois, sur des dessins d’un monsieur et d’une dame, on a collé des sens interdits sur les endroits du corps qu’il ne fallait pas toucher », explique la jeune femme.
« Je suis digne et les autres n’ont pas à me toucher. Ça, je l’ai bien appris avec Teenstar. Les garçons n’ont pas le droit de me toucher les fesses ». Marie a suivi la formation il y a trois ans et n’a qu’une envie, renouveler l’expérience.


PARCOURS A FAIRE CONNAITRE

Teenstar adapté. Pour les jeunes filles avec un handicap mental, des ateliers pour prendre conscience de leur corps, leurs émotions et apprendre la responsabilité. Un parcours s’ouvre notamment à Rennes. Des formations pour découvrir la pédagogie adaptée sont proposées en 2026.

Cycloshow. Non spécifique au handicap, mais avec une approche très visuelle, ce parcours est conçu pour les filles avec leur mère, et sous l’appellation « XY » pour les fils avec leur père, pour apprivoiser les changements de la puberté et découvrir la puissance de vie qui est en chacun. Infos sur

• Parcours OCH : Le parcours est en cours de construction.

RESSOURCES

• Le livre Mon corps, c’est un trésor, d’Inès d’Oysonville (Éd. Artège).

• En famille, pourquoi ne pas mettre en place une routine « météo des émotions » ? À l’aide d’une roue ou d’un jeu de cartes, c’est un moyen simple et ludique de verbaliser les émotions.

• Vous pouvez aussi réaliser un trombinoscope des proches qui comptent pour votre enfant, et l’inviter à prendre de leurs nouvelles. Cet outil simple l’aidera à cultiver la reconnaissance et l’attention à l’autre.

• Le dossier spécial d’Ombres & Lumière : Droit à l’amour. Et si on en parlait autrement ?

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