Points de vue Tribunes

« Refusons la dérive eugéniste du dépistage prénatal ! »

Représentante de la Fondation Lejeune au Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU, Moutiaa Gouaida dénonce la logique implicite de tri des vies lié au dépistage, alors qu’un diagnostic prénatal plus poussé pourrait être légalisé. Elle appelle les citoyens français à faire entendre leurs voix lors des États généraux de la bioéthique qui ont lieu jusque fin avril.
Guillemette de Préval
Publié le   à 13h26
3 min
Moutiaa Gouaida

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Les États généraux de la bioéthique, qui préparent la quatrième révision des lois de bioéthique, se sont ouverts en janvier dernier, dans une profonde indifférence. L’enjeu central concerne la procréation médicalement assistée (PMA), qui risque d’être encore étendue et perfectionnée dans ses techniques.

Derrière cette technicisation croissante se profile ce que le défunt philosophe Jürgen Habermas appelait un « eugénisme libéral », transformant peu à peu la médecine reproductive en industrie de sélection embryonnaire. Or, peut-on parler de justice ou d’inclusion si la société organise l’élimination avant la naissance des personnes vulnérables ou jugées imparfaites ?

Exemple emblématique parmi d’autres : le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A), dont la légalisation avait été repoussé en 2021 mais qui risque fort d’être acceptée en 2028. Ce test génétique permet de détecter, dans l’éprouvette et en vue de leur destruction, les embryons aneuploïdes, c’est-à-dire qui comportent un nombre anormal de chromosomes – comme ceux porteurs de trisomie 21 – lors d’une fécondation in vitro.

Ces dérives eugénistes sont aujourd’hui documentées et dénoncées au niveau international. Le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies (CDPH), chargé de veiller au respect de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, alerte depuis plusieurs années sur les effets discriminatoires du dépistage prénatal lorsqu’il s’inscrit dans une logique de sélection. En 2025 encore, dans ses observations sur l’Union européenne, le Comité s’inquiète de « l’existence d’attitudes eugénistes discriminatoires dans le diagnostic prénatal », visant en particulier les personnes présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre autistique.

« Le dépistage prénatal ne protège pas la vie, il la sélectionne. »

Dans certains pays, le dépistage est devenu si systématique qu’il conduit à une quasi-disparition des naissances d’enfants porteurs de trisomie 21 – près de 100 % d’interruptions de grossesse après diagnostic pour l’Islande.

Face à cette situation, le Comité des Nations unies appelle les États à garantir une information complète, non directive et exempte de préjugés ; à soutenir concrètement les familles ; et surtout à combattre les représentations sociales qui hiérarchisent la valeur des vies humaines. Il s’agit de refuser une logique implicite de tri des vies.

Car le dépistage prénatal ne protège pas la vie, il la sélectionne. Chaque extension de la PMA prévue par la révision des lois accroît le risque que la société choisisse quelles vies sont dignes d’être vécues. Contre une telle trahison de la solidarité, nous avons tous un rôle à jouer. Le comité consultatif d’éthique organise partout en France des consultations publiques. J’invite tous ceux qui le peuvent à y participer pour faire entendre la voix de la vie.

À lire aussi sur le même sujet : le dossier « Grossesse et handicap : dépister, jusqu’où ? »

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