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Raphaëlle Abeille-Walter : le handicap lui ouvre l’horizon

cdelagoutte
Publié le   à 16h03
5 min
Raphaëlle Abeille-Walter : le handicap lui ouvre l’horizon

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Devenue subitement hémiplégique à 17 ans, Raphaëlle Abeille-Walter a bataillé pour récupérer le plus de facultés possibles et pouvoir se remettre au sport, qui participe depuis toujours de son épanouissement. Après avoir relevé le défi de courses au large en voilier, la trentenaire devenue maman suit avec passion la course du Vendée Globe, qui refait surface dans l’actualité, tout en pouponnant à l’envi.

Quinze ans après l’AVC qui l’a frappée en pleine jeunesse, son élocution est parfois hésitante, un peu lente. Pour le reste, on sent au contraire que Raphaëlle Abeille-Walter est de ces femmes de poigne que les défis galvanisent: «J’ai un caractère de battante», reconnaît-elle.

Un solide atout pour cette belle jeune femme que la vie n’a pas épargnée. Opérée à 10 ans pour une malformation veineuse dans le cerveau, elle pensait être tirée d’affaire : « Au revoir et à jamais » lui avait dit le chirurgien !

A demi-aveugle d’un œil, je ne pouvais plus ni marcher, ni parler, ni lire, ni écrire. »

Pourtant, alors qu’elle est en mission humanitaire en Inde chez les sœurs de mère Teresa, un AVC la plonge dans le coma. Elle se réveille hémiplégique du côté droit : « Les dégâts étaient énormes, déplore-t-elle. A demi-aveugle d’un œil, je ne pouvais plus ni marcher, ni parler, ni lire, ni écrire. » Rapatriée en France, elle passe deux ans en centre de rééducation : « J’avais la rage, se souvient-elle. Être éprouvée si jeune, c’est vraiment un coup dur. Soutenue par ma foi en Dieu et des professionnels formidables, j’ai engagé toutes mes forces dans la bataille pour regagner le plus de capacités possibles. »

En quête de médaille

Malgré sa détermination farouche, Raphaëlle apprivoise peu à peu la froide réalité: ce ne sera plus jamais comme avant. Adieu les études de médecine qu’elle ambitionnait de mener, elle se rabat sur un BTS en économie sociale et familiale. Son œil droit est irrécupérable, son bras et sa main pour toujours inertes, la course reléguée aux oubliettes -elle qui prisait tant le footing!

Qu’à cela ne tienne : « Ne pouvant me passer de sport, j’ai pris des chemins de traverse, confie-t-elle. Quatre ans après l’accident, j’ai frappé à la porte d’un club de paranatation. En me fixant sans cesse des objectifs plus ambitieux : la brasse puis le crawl, le dos crawlé, la nage papillon… » Au point qu’elle décroche la médaille d’or en relais championnat de France. Ce faisant, elle découvre un monde avec « des personnes épatantes, qui osent, se démènent et se dépassent ».

Faire la paix avec celle qu’elle est

La jeune femme refuse néanmoins de se cantonner à ce monde et veut se confronter à la compétition sportive aux côtés de valides. L’association Jolokia qui porte un idéal de diversité et d’inclusion, notamment en mer, lui permet de sauter le pas: «Je ne connaissais pas la voile, mais qu’avais-je à perdre?» Après des mois d’entraînement avec un coach, où elle se donne à plein, elle fait partie des quinze candidats retenus sur 200 postulants. Pendant deux ans (2017-2018), Raphaëlle participe à des courses en mer, d’abord modestes puis d’envergure (Drheam-Cup, Fastnet…) Elle «galère» parfois, tâtonne, et finit par «prendre son pied». «J’ai adoré, s’enthousiasme-t-elle. La magnificence des paysages et l’aventure humaine! 13 coéquipiers de 20 à 60 ans issus de sept pays différents. Aurais-je eu l’opportunité de rencontrer des profils aussi variésavant? Comme quoi, le handicap ouvre des horizons

13 coéquipiers de 20 à 60 ans issus de sept pays différents. Aurais-je eu l’opportunité de rencontrer des profils aussi variésavant?

Cette expérience inédite marque le point d’orgue du chemin de reconstruction de la jeune femme : « Je n’ai jamais rien lâché, mais il m’a fallu dix ans avant de faire la paix avec celle que je suis devenue, admet-elle. Jokolia a restauré ma confiance en moi et en l’avenir. » La covid a malheureusement mis un point final à cette aventure, à laquelle Raphaëlle ne pourrait de toutes façons plus participer aujourd’hui.

La vie de famille

Même si elle continue à nager pour le plaisir et à faire du vélo sur un trois roues adapté, elle s’est lancée dans une autre aventure, non moins ambitieuse : la vie de famille. Après avoir dit oui à Paul, en l’an 2020, elle a donné naissance il y a trois ans à une petite fille, avant d’accueillir des jumelles 19 mois plus tard. Quand on vous dit qu’elle aime à gravir des montagnes. « J’ai craint de ne pas y arriver… Je peux tout faire, mais plus lentement que la moyenne ! »

Maintenant que le plus dur est passé, Raphaëlle rêve en contemplant son «merveilleux trio de filles» d’un voyage en famille en bateau, «un jour»… En attendant, elle s’évade avec les arrivées du Vendée Globe.

Raphaëlle Coquebert, 14 janvier 2025

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