Bons Plans

Pour quand le permis ?

Perçue comme un bond de géant vers l’autonomie, l’obtention du permis de conduire semble parfois sévèrement compromise en raison de troubles ou d’un handicap. Les solutions se multiplient aujourd’hui pour passer le code, apprendre à conduire dans un cadre adapté, ou trouver une alternative. 
Caroline de La Goutte
Publié le   à 15h02
6 min
Pour quand le permis ?
© CECA

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Trois conseils pratiques pour entamer les démarches afin de préparer le permis de conduire :

1 – Se rendre à la visite médicale, c’est fondamental

Première démarche après l’inscription au permis, le rendez-vous avec un médecin agréé par la préfecture de son département est obligatoire. Celui-ci vérifie les aptitudes physiques et cognitives à la conduite du candidat, il peut demander des tests supplémentaires en auto-école ainsi que l’avis d’un ergothérapeute. Prisca, amputée de la jambe droite après un accident, a été évaluée sur la mobilité et la réactivité de sa jambe gauche et la force de son pied. Le praticien lui a ensuite délivré un certificat d’aptitude mentionnant les aménagements obligatoires à effectuer sur sa voiture : boîte automatique et pédales à gauche. Dans certains cas, un permis restrictif, limité à certains trajets bien définis, par exemple, peut être prescrit.

2 – Le bon choix de l’auto-école et du véhicule

Pour préparer au mieux le code et l’examen de conduite, le correspondant handicap départemental du bureau de l’éducation routière (BER) peut guider vers une auto-école adaptée et organiser les aménagements possibles en fonction du handicap. Il reste ensuite à choisir sa voiture. On trouve sur le marché des véhicules neufs ou d’occasion déjà adaptés à certains handicaps. Mais pour des besoins très spécifiques, la solution passe par une voiture sur mesure, homologuée et aménagée par une entreprise spécialisée.

3 – Aménager sa voiture, un coût important

Certaines aides permettent d’alléger les coûts d’adaptation du véhicule. La MDPH peut participer aux frais jusqu’à 5000 euros. Si l’aménagement répond à un besoin professionnel, l’Agefiph ou le FIPHFP verseront un montant maximum de 12000 euros. Marie-Caroline, souffrant d’une maladie évolutive, est parvenue à faire financer les équipements de sa voiture par deux entreprises, après deux ans de recherche. En soutien, le fonds de dotation « AMIS » du réseau GIHP propose d’accompagner gratuitement le projet de financement.


TÉMOIGNAGES

Pascal, né avec un handicap physique : « Adolescent, je n’aurais jamais imaginé pouvoir conduire »

Depuis tout petit, je me déplace en fauteuil roulant en raison d’une malformation des membres inférieurs. Adolescent, je n’aurais jamais imaginé pouvoir conduire. Quand j’ai eu l’âge de passer mon permis, je me suis renseigné sur les possibilités de conduite adaptée parce que j’en avais assez d’être dépendant des autres pour mes déplacements. J’ai eu la chance de trouver une auto-école près de chez moi, équipée d’un véhicule pour PMR.

Il disposait d’un levier « tirer-pousser » à côté du volant, relié aux pédales de frein et de l’accélérateur, et d’une boule au volant multifonctionnelle. J’ai obtenu mon permis en 2011, sans trop de difficultés. Très vite, j’ai acheté ma première voiture, déjà adaptée. Quelques années plus tard, j’ai choisi mon propre modèle, que j’ai fait équiper par une société spécialisée. Conduire a transformé ma vie. Je goûte à la liberté et l’autonomie. Avec ma voiture, j’ai l’impression de rattraper le temps perdu!

Léo, atteint de dyspraxie : « Je me prépare avec une méthode adaptée aux troubles dys »


Ma dyspraxie visuo-spatiale entraîne des difficultés de repérage dans le temps et l’espace, ainsi qu’un trouble de l’attention. À 21 ans, j’ai très envie d’obtenir le permis de conduire pour avoir une réelle autonomie. J’ai déjà passé le code plus de dix fois, sans succès. Ces échecs ont fortement affecté ma confiance en moi. Mais je n’ai pas abandonné. Depuis un an, je me déplace avec une voiture sans permis. Cette alternative m’a permis de gagner un peu d’indépendance, mais mes déplacements restent très limités.

Pour maximiser mes chances de réussite à l’examen du code, j’ai choisi de me préparer avec une méthode adaptée aux troubles dys. J’ai passé l’examen dans un centre de La Poste, en session individuelle, ce qui m’a permis de rester bien concentré. Et cette fois, j’ai réussi! Je vais maintenant attaquer la conduite dans une auto-école classique, où, grâce à un moniteur habitué au handicap, j’apprendrai sur une voiture automatique, pour me concentrer sur l’essentiel sans avoir à me préoccuper des pédales.

Steven, épileptique : « Un médecin agréé a validé mon aptitude à la conduite »

Dans l’Esat de Savoie où je travaille, j’ai eu la chance de suivre une formation de sensibilisation à la conduite, proposée par l’établissement en collaboration avec une auto-école locale. Elle comprenait une partie théorique et une partie pratique. C’était très instructif. On a appris les bases du code de la route et de la sécurité routière, de l’entretien des véhicules, de la conduire… J’ai ainsi pu obtenir mon permis AM : je peux utiliser un fourgon électrique pour aller sur les chantiers.

Cette formation m’a surtout donné envie de passer mon code et mon permis de conduire pour gagner en autonomie, et me déplacer plus loin. Je suis épileptique à 70%. Je n’ai pas fait de crise depuis 2018. Un médecin agréé a validé mon aptitude à la conduite, à condition de renouveler le contrôle médical chaque année. C’est un projet qui me tient à cœur.


À SAVOIR

Code en poche : formation en ligne au code de la route et conseils divers pour la conduite, spécialement conçue pour les Dys. Tarif: 97€.

La conduite en sécurité accessible à tous, de François Baudez: ouvrage rédigé en facile à lire et à comprendre (FALC) pour aider toute personne ayant des troubles cognitifs à apprendre les règles principales du code de la route.

– Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent bénéficier depuis cet été d’une traduction instantanée en langue des signes des 40 questions de l’examen du code de la route. Au-delà de cette traduction, un temps supplémentaire lors du défilement manuel des questions est possible si cela est nécessaire.

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