On nous ignore encore

Chroniques

On nous ignore encore

Charlotte de Vilmorin
Publié le   à 7h15
3 min
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Comment se faire entendre ? C’est la question amère et inquiète avec laquelle m’a laissée le vote de l’Assemblée nationale sur l’aide à mourir. Qui défend vraiment les intérêts des personnes handicapées ? Manifestement pas les associations historiques gestionnaires qui ont pourtant l’oreille historique des pouvoirs publics, et siègent dans toutes les instances de décisions. En effet, bien discrètement, certaines ont même fait du lobbying pour soutenir la légalisation de l’euthanasie et le suicide assisté, alors que de nombreux collectifs et de multiples voix de personnes concernées s’époumonaient à alerter sur la boîte de pandore qu’ouvrirait cette loi.

Comment ne pas ressentir un profond désarroi en constatant que, malgré notre nombre et malgré la force de nos arguments, nous n’avons pas réussi à nous faire entendre par une bonne partie des médias. Le pire, sans aucun doute, c’est que les clivages politiques ont eu raison de notre unité. Par peur de l’instrumentalisation, par crainte d’être récupérés par un camp ou par un autre, nous avons laissé ces divisions nous affaiblir. Pourtant, nous étions si nombreux à être alignés, à partager le même objectif : lutter contre ce projet de loi mortifère. Mais les calculs, les stratégies, les jeux de pouvoir ont pris le pas sur l’urgence éthique et humaine.

Et puis, il y a cette autre question qui me sidère : comment se fait-il que les politiques n’aient toujours pas pris la mesure du poids électoral que représentent les personnes handicapées ? Pourquoi personne ne s’adresse à nous, comme si nous étions invisibles, ou pire, comme si nos vies et nos avis comptaient moins ? Comme si nos voix, nos craintes, nos combats n’avaient pas droit de cité dans le débat démocratique. C’est d’autant plus frappant que nous sommes des millions de citoyens, d’électeurs, de familles concernées. Pourtant, on nous ignore. On nous parle pour nous, mais jamais avec nous.

« Pourquoi personne ne s’adresse à nous, comme si nous étions invisibles, ou pire, comme si nos vies et nos avis comptaient moins ? »

Alors, que faire ? Espérer, peut-être, que les présidentielles dans un an, seront l’occasion d’un réveil. Qu’enfin, on nous verra. Qu’enfin, on nous considérera. Comment briser ce mur d’indifférence ? Comment faire en sorte que notre parole ne soit plus une voix criant dans le désert, mais une force avec laquelle il faut compter ?

Une chose est sûre : nous ne lâcherons rien. Pas notre dignité, pas nos droits, et certainement pas notre place dans la société. Et si les autres ne nous écoutent pas, alors nous parlerons plus fort. Ensemble. Il est toujours temps de faire entendre le cri de la vie!

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