Mort du pape François : se blinder ou tressaillir
Lors de l’homélie qu’il a prononcée à Marseille, au stade Vélodrome, le 23 septembre dernier, le pape François a choisi un mot qui continue de vibrer aux oreilles du monde, comme s’il répandait derrière lui sa signification profonde : tressaillir. Jean-PaulII avait crié aux peuples « n’ayez pas peur ! » pour rester dans l’espérance, Benoît XVI avait poussé les chrétiens à « tenir bon dans la foi », et à présent François demande à chacun, personnellement, de « tressaillir » ; d’apprendre à éprouver des frémissements par l’amour de son prochain ; ce que l’église appelle la charité.
Tressaillir, c’est être « touché à l’intérieur », nous dit le pape, « avoir un frémissement intérieur, sentir que quelque chose bouge dans notre cœur. C’est le contraire d’un cœur plat, froid, installé dans la vie tranquille, qui se blinde dans l’indifférence et devient imperméable, qui s’endurcit, insensible à toute chose et à tout le monde, même au tragique rejet de la vie humaine. » Cette vie qui est aujourd’hui refusée, poursuit-il, « à nombre de personnes qui émigrent, à nombre d’enfants qui ne sont pas encore nés, et à nombre de personnes âgées abandonnées. »
Il y a peu de temps, j’ai croisé le regard de Louis, jeune homme atteint d’une myopathie de Duchenne, dont le corps peu à peu semble s’éteindre. Quel étonnement, dans la simplicité de la rencontre, de voir qu’à l’intérieur de lui quelque chose bougeait. était-ce le passage imperceptible de la grâce ? Le tressaillement d’une présence, sans doute celle de Dieu, que cet étudiant cherche, même lorsque Celui-ci paraît se dérober. Vous serez peut-être désarçonnés par Louis, vous aussi, dans ce numéro d’Ombres & Lumière. Lui a fait le choix de ne pas se blinder face à la maladie envahissante. Alors que les personnes handicapées sont le cœur battant d’un grand colloque en novembre aux Bernardins, laissons-les nous aider à retrouver cette capacité de tressaillir.
