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Ludwig Guttmann, l’inventeur des Jeux paralympiques

Alors que se déroulent les Jeux paralympiques d'hiver de Milan-Cortina, Ombres & Lumière braque son projecteur sur celui qui en est à l'origine : Ludwig Guttmann. Ce médecin juif allemand, obligé de fuir son pays infesté par l’idéologie nazie, se retrouve à la tête d’un centre de grands blessés de guerre en Angleterre pendant la deuxième guerre mondiale. Là, une idée géniale lui vient : s’appuyer sur le sport pour stimuler ses patients.
Raphaëlle Coquebert
Publié le   à 11h52
5 min
Ludwig Guttmann, l’inventeur des Jeux paralympiques
© Clothilde Chauvin / O&L

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Son prénom le laisse deviner…

Ludwig est né allemand, dans une modeste famille juive de Haute-Silésie -une région qui appartient aujourd’hui à la Pologne. C’est là qu’il fait toute sa scolarité. Infirmier durant la Première Guerre mondiale en 1917 et 1918, il se prépare ensuite à être médecin : en 1924, le voilà diplômé ! Le jeune homme trace sa route avec succès : il exerce dans différents hôpitaux comme neurologue, donne des cours à l’Université, se marie en 1927 et devient père de deux enfants. Mais l’Histoire s’en mêle et vient assombrir le tableau.

Un héros face au nazisme

En 1933, les nazis prennent le pouvoir en Allemagne : les Juifs sont leur bête noire. Guttmann n’a plus le droit d’exercer dans les hôpitaux publics, gérés par l’État. Il part travailler à l’hôpital juif de Breslau en Pologne. Très vite, sa vie bascule avec la Nuit de Cristal. Témoin de scènes terribles, Ludwig cache et soigne 64 Juifs dans son hôpital, au péril de sa vie. Convoqué par la police politique nazie, la Gestapo, le courageux médecin se justifie avec habileté : il sauve ainsi soixante de ses protégés. Il se jure alors de consacrer sa vie à « aider tous les persécutés quels qu’ils soient. »

Stoke Mandeville, là où tout est né

Rester dans son pays est devenu trop dangereux pour Guttmann. Il s’exile avec les siens en Angleterre. Le gouvernement britannique lui demande de fonder en 1944 un centre national de blessés de guerre, à soixante kilomètres de Londres, à l’hôpital de Stoke Mandeville. Retenez ce nom : il est décisif dans l’histoire du paralympisme ! À cette époque, les patients de cet hôpital, souvent d’anciens pilotes d’avions militaires devenus paraplégiques ou tétraplégiques, mouraient en masse et en très peu de temps. Ludwig se bat pour inverser le cours des choses : il décide de s’appuyer sur le sport pour favoriser leur guérison corporelle et leur redonner goût à la vie. Tennis de table, billard, basket-ball, tir à l’arc… Les résultats dépassent ses espérances. Le médecin passe à la vitesse supérieure.

Le top départ des Jeux paralympiques

La veille des Jeux olympiques de Londres, en 1948, Guttmann organise, dans la cour de son hôpital, les Jeux de Stoke Mandeville, avec seize concurrents en fauteuil roulant. Ils s’affrontent au tir à l’arc et au « netball », l’ancêtre du basket-ball. Les dés sont lancés : pendant les vingt années où il dirige ce centre, le neurologue déploie toute son énergie pour que ces compétitions deviennent de véritables Jeux olympiques pour ses patients. Il y parvient en 1956 et consacre le restant de ses jours à cette cause, avec un succès croissant.


LE SAVIEZ-VOUS ?

Après les modestes Jeux de Stoke Mandeville lancés en 1948 par le docteur Guttmann dans l’enceinte de son hôpital, d’autres suivent en 1952, avec 130 participants, dont une délégation des Pays-Bas. En 1956, le statut de Jeux olympiques est accordé à cette compétition : d’outil de guérison, le sport devient pratique de compétition pour personnes handicapées. En 1960, les premiers Jeux paralympiques d’été se tiennent à Rome. Ils ont maintenant lieu tous les quatre ans en été et en hiver dans la foulée des Jeux olympiques – depuis 1988. Pour leur 17e édition, à Paris à l’été 2024, ils ont réuni 4 400 athlètes de 169 pays.


Témoignage : « Guttmann est un héros dévoué »

Alain Siclis est un champion paralympique d’escrime. Devenu paraplégique à l’âge de 3 ans à cause d’une poliomyélite – une maladie virale très contagieuse, il a décroché trois titres paralympiques, qui lui ont valu de rencontrer Ludwig Guttmann.


Alain Siclis aux Jeux paralympiques d’Arnhem (Pays-Bas), en juin 1980. ©DR

« Le sport, école du respect de l’autre, est ma passion. J’ai été trois fois champion paralympique d’escrime. Très investi dans le mouvement handisport, jusqu’à devenir vice-président de la Fédération française, je me suis intéressé à son histoire. Elle me concerne directement, car je suis le premier Français en situation de handicap à avoir obtenu un statut de « sportif de haut niveau ». Guttmann, brillant neurologue, est à mes yeux un héros dévoué au service de ses patients. Il raisonnait plus en médecin qu’en grand patron de fédération. Plein d’ardeur, il allait de congrès médical en congrès médical, jusqu’à côtoyer les plus grands comme la reine Élisabeth II : ce qui a permis de donner au paralympisme de se faire largement connaître.

Mais sur le plan humain, il n’était pas facile ! Lors de notre première rencontre en 1969, au cours d’une compétition à Stoke Mandeville, il m’a viré d’une réunion à laquelle j’étais arrivé en retard ! Je l’ai revu en France en 1970 pour l’organisation des Jeux européens. On ne l’approchait pas comme ça, il était assez austère. Peut-être à cause de sa jeunesse éprouvante ? Mais ce côté militaire en faisait un organisateur hors pair. Je regrette qu’il soit un peu oublié aujourd’hui… »

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