Léon XIV et le handicap, quelle attitude ?

Léon XIV et le handicap, quelle attitude ?

Comment Léon XIV a-t-il parlé et agi jusqu’à présent face au handicap ? À l’aube de l’arrivée du pape en France, Ombres & Lumière revient sur les paroles fortes, rencontres et gestes discrets mais efficaces de Léon XIV en faveur des personnes handicapées.
Albane Joly
Publié le   à 10h35
5 min
Léon XIV et le handicap, quelle attitude ?
Léon XIV rencontre des personnes handicapées de la fondation italienne Marsodeto, le 24 août 2026 © Vatican Media.

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D’abord, il y a les petits gestes qui comptent. Dans la discrétion, Léon XIV s’est attelé, dès les mois suivants son élection, à modifier certaines normes administratives du Vatican, pour mieux prendre en compte les besoins des travailleurs handicapés et de leurs parents.

En approuvant, le 4 août 2025 une modification de l’article 14 du Règlement de la Curie romaine, Léon XIV remplace la référence à un « état de bonne santé » par celle de l’« aptitude psycho-physique aux tâches à accomplir » dans le but d’encourager l’insertion professionnelle des personnes avec un handicap au sein du Vatican.

Dans un même esprit, Léon XIV s’est montré favorable à une nouvelle mesure en faveur des parents d’enfants en situation grave de handicap. Depuis août 2025, ces derniers bénéficient ainsi de trois jours de congé rémunéré par mois, à condition que l’enfant ne soit pas hospitalisé à temps plein dans un établissement spécialisé.

Option préférentielle

En seulement un an et demi de pontificat, le pape Léon XIV a déjà consacré deux textes majeurs qui invitent à porter un regard renouvelé sur les plus fragiles: «Dilexi Te» et «Magnifica Humanitas». Le 4 octobre 2025, Léon XIV signait sa première exhortation apostolique «Dilexi te», reprenant la suite de celle commencée par le pape François. D’emblée, la pauvreté est présentée comme multiforme, incluant les personnes «qui n’ont pas les moyens d’exprimer leur dignité et leurs potentialités ».

Pour toutes les personnes souvent marginalisées par la société, dans le sillage du pape François, le Saint-Père parle d’ « option préférentielle », expression née en Amérique latine qui renvoie à « l’action de Dieu » guidée par sa compassion envers la fragilité humaine.

C’est dans cette perspective qu’avait été choisi le thème « Je t’aimerai toujours » (Dilexi Te traduit en français) du parcours de Carême 2026 de la Fondation OCH : des personnes touchées par le handicap ou la maladie psychique laissaient résonner les mots du pape pour partager autour de leur vie concrète.

L’humain fragile et l’IA

Impossible de parler de la fragilité humaine sans citer «Magnifica Humanitas », la première encyclique de Léon XIV, composée de cinq chapitres et publiée le 25 mai 2026. Face aux évolutions technologiques accélérées, le Pape met en lumière ce qui fait la richesse unique de l’être humain.

L’homme aime, souffre, choisit et assume ses responsabilités, rappelle le chapitre 3 de cette lettre. Ses limites n’apparaissent pas comme des défauts, mais comme ce qui permet à chacun d’être solidaire : « La qualité d’une civilisation ne se mesure pas à la puissance, mais au soin». Elles peuvent même devenir une force : « Pour un algorithme, l’erreur est quelque chose à corriger ; pour une personne, elle peut être le début d’un changement profond».

Un regard compatissant et débordant

Au Vatican, comme ses prédécesseurs, Léon XIV a accordé du temps et des paroles fortes à ceux qui vivent et accompagnent les familles d’enfants porteurs de handicap. À l’occasion du centenaire de la naissance du professeur Jérôme Lejeune, Léon XIV a reçu le 22 juin 2026 une délégation de la Fondation du même nom.

Rendant hommage à un chercheur qui, « touché par la détresse des enfants porteurs de handicap, leur a consacré sa vie », le pontife a salué celui qui a défendu « la vie et la dignité des plus fragiles ». Sur les réseaux sociaux, les images de Léon XIV entouré de huit jeunes porteurs de trisomie 21 ont suscité une vive émotion.

Deux mois plus tard, le Saint-Père recevait les représentants de la Fédération espagnole Marsodeto, au service des personnes en situation de handicap et leurs familles, à l’occasion du 45ᵉ anniversaire de sa création. Il s’est émerveillé que l’intuition du fondateur soit devenue réalité: «qu’aucune famille comptant une personne en situation de handicap intellectuel ne soit laissée-pour-compte».

Au printemps dernier, Léon XIV a voulu aussi poser un «un regard compatissant et un cœur débordant d’amour » sur les personnes aux prises avec la maladie psychique, à l’hôpital psychiatrique de Malabo en Guinée, où la maladie mentale est source de rejet. Reçu avec une immense joie, il y a encouragé chaque patient, «notamment les plus isolés». Enfin, face à une assemblée italienne de malades à Rimini, il a exhorté chacun, quel que soit son handicap ou sa maladie, à s’engager, dans la société ou la paroisse, étranger à toute vision descendanteou paternaliste.

Au cœur de son message et de ses gestes, Léon XIV appelle à un regard renouvelé, comme il l’a résumé devant la fondation Marsodeto: il s’agit de «savoir reconnaître, dans la vie des plus faibles et des plus vulnérables, le regard du Christ qui nous interpelle. C’est quelque chose qui nous fait grandir en tant que société humaine et chrétienne.»

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