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L’entrepreneuriat, une alternative professionnelle

Devenir patron de sa propre entreprise est un choix professionnel accessible à tous. Mais la création de sa propre activité demande une bonne préparation. Mieux vaut s’entourer, connaître les aides et les risques, avant de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale.
Caroline de La Goutte
Publié le   à 14h32
8 min
L’entrepreneuriat, une alternative professionnelle

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Ce qu’il faut savoir avant de se lancer :

1 – Connaître ses motivations

• Lorsque l’on n’arrive pas à décrocher un emploi salarié, l’entrepreneuriat est la seule alternative possible pour entrer dans le monde du travail.
• En raison des contraintes de santé liées à un handicap. Devenir entrepreneur permet d’adapter ses horaires et le rythme de travail selon ses capacités
• Certains, comme Estelle avec Hope day, créent leur entreprise en lien avec leur handicap, d’autres en fonction de leurs compétences et appétences professionnelles.

2 – Être bien accompagné

• De Linklusion à H’up entrepreneurs, il existe différents dispositifs adaptés à la création d’une entreprise et d’accompagnement dans les premiers mois.
• Un soutien familial, amical et professionnel est nécessaire dès l’obtention de la reconnaissance du handicap avant de se lancer dans son projet.

3 – Conseils et risques

Mieux vaut identifier tous les risques avant de se lancer dans l’entrepreneuriat pour mieux les appréhender :
• Une idée originale n’est pas toujours suffisante pour créer son entreprise. Existe-t-il réellement un marché demandeur pour la rentabiliser ? L’activité est-elle réaliste, économiquement viable ?
• Tout le monde n’est pas fait pour l’entrepreneuriat : il faut avoir des compétences et qualités tels que le goût du risque, être créatif, organisé, passionné, polyvalent. Il est important de savoir négocier et d’élargir son réseau…
• Il n’est pas toujours facile de vivre de son activité, surtout au début. Les rentrées d’argent sont le plus souvent aléatoires. Certains cumulent une autre activité pour la sécurité financière.
• Faire partie d’un réseau d’entrepreneurs handicapés évite l’isolement et permet de partager difficultés et bonnes pratiques.


TÉMOIGNAGES

Estelle Davenel, 31 ans, fondatrice d’Hope day : « Mon objectif est de démocratiser le braille »

J’ai créé Hope day il y a deux ans. Je propose une gamme de vêtements et d’accessoires avec des messages positifs et des indications (taille, couleur) écrits en braille. Mon objectif est d’aider les personnes déficientes visuelles dans leur quotidien, mais aussi de démocratiser le braille.
Ma vie a basculé il y a trois ans, lorsqu’on m’a diagnostiqué une neuropathie optique héréditaire. J’étais à ce moment-là militaire dans la Marine nationale. En un an, j’ai perdu 4/10ème à chaque œil. J’ai une épée de Damoclès sur la tête, car du jour au lendemain, je peux perdre la vue. J’ai été réformée pour inaptitude médicale, après onze ans de carrière.
Que faire de ma déficience pour qu’elle devienne une force ? Un matin, en cherchant difficilement un vêtement au fond de ma penderie, je me suis interrogée : comment les personnes déficientes visuelles font-elles pour s’apprêter en toute autonomie ? De là est née l’idée d’Hope day. Il fallait trouver le moyen d’apposer le braille sur le prêt-à-porter pour que ça tienne dans le temps, et que la broderie soit suffisamment en relief pour être lisible au toucher. J’ai commencé à apprendre le braille, trouvé un fournisseur textile, et confié les inscriptions brodées à un Esat, proche de Cherbourg.
J’ai la reconnaissance RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé), mais je ne suis pas éligible à l’AAH. Pour fonder mon entreprise, je me suis basée uniquement sur mes fonds personnels, par manque de connaissance des dispositifs existants. J’ai réussi à susciter de très belles collaborations locales, comme avec Saint James et Les parapluies de Cherbourg. J’ai eu beaucoup de commandes et de messages de soutien en retour quand j’ai lancé le site. Mais aujourd’hui, les ventes sont compliquées.
Mon rêve serait de créer une entreprise adaptée : avoir ma propre boutique, une machine à broder et employer des personnes handicapées.

Romain Goyé, 33 ans, DJ


Je travaille à mi-temps depuis trois ans dans l’atelier de confiserie d’un ESAT. J’ai des retards scolaires – difficultés pour lire et écrire – et suis malentendant depuis l’âge de 6 ans. Passionné de musique, j’ai animé pas mal de soirées bénévolement. On m’a conseillé de monter ma boîte pour me faire rémunérer, alors j’ai créé une micro-entreprise d’animation en 2019 : RG Animations 44. En tant que Travailleur indépendant handicapé (TIH), je propose des prestations de DJ à des particuliers, associations ou comités d’entreprise…

Je me fais connaître par les réseaux sociaux, mon site internet et un site de consultants indépendants. Pour lancer mon activité, je me suis fait aider par la BGE Pays de la Loire et j’ai obtenu un financement de l’Agefiph. Aujourd’hui, j’échange régulièrement avec une personne de Linklusion pour la gestion administrative. Le statut de micro-entreprise me satisfait, car la comptabilité est simplifiée.

« Il est important d’évaluer l’impact de son handicap »

H’up entrepreneurs a accompagné près de 3000 projets d’entrepreneuriat portés par des personnes handicapées ou fragilisées par une pathologie, depuis sa création en 2008. Pauline Arnaud-Blanchard, directrice générale de l’association, partage quelques clés de réussite.

Dans quels secteurs d’activité retrouve-t-on les entrepreneurs avec un handicap ?

Ils se retrouvent comme tout entrepreneur dans les secteurs dynamiques de la vie économique où il y a un potentiel de marché : la tech, le commerce, le service à la personne.

Ont-ils un profil particulier ?

Non, ils sont très divers, autodidactes ou issus d’une formation. Certains entreprennent par opportunité, d’autres avec un esprit visionnaire, ou bien par nécessité, par rebond à la suite d’un parcours de vie qui les amène à considérer la créativité comme une vraie option professionnelle. La posture entrepreneuriale s’apprend et se développe au fur et à mesure de son activité.

Mais lorsqu’on entreprend avec un handicap, on a cette particularité de porter une double charge mentale : celle de n’importe quel entrepreneur, doublée de celle de sa pathologie.

Quelles sont les bonnes questions à se poser au début de son projet ?

Tout d’abord, identifier son rêve entrepreneurial au-delà de l’activité que l’on veut exercer. C’est la projection de ce rêve qui permet de développer une stratégie. Grâce à ce moteur, on arrivera à convaincre, à fédérer les bonnes personnes, à surmonter les obstacles et les freins qui vont nécessairement se présenter.
Ensuite, il y a une question d’ajustement. Il me semble important de développer un bon alignement entre son ambition entrepreneuriale et la pleine conscience des conséquences induites par son handicap. Puis-je entreprendre seul ? Est-ce pour moi plus intéressant de fédérer rapidement des personnes ? Il peut y avoir le risque du sur-engagement, d’une ambition démesurée en oubliant son handicap, sa fatigabilité. À l’inverse, il peut être tentant de fuir sa responsabilité d’entrepreneur en invoquant ses fragilités. C’est le fameux syndrome de l’imposteur.
Il faut également réfléchir au modèle économique, aux revenus et au statut juridique de l’entreprise. Est-ce que je projette mon activité comme une source principale de revenus ou comme un revenu complémentaire ?

Que faire en cas d’arrêt maladie ou d’hospitalisation ?

Cela fait partie de l’anticipation. Il est bon de réfléchir aux couvertures de prévoyance et de frais de santé, compte tenu de sa pathologie. Grâce à l’Agefiph – en partenariat avec la Fondation Entrepreneurs de la Cité-, les personnes handicapées ont la possibilité d’avoir recours à une assurance inclusive pour couvrir notamment ce qui concerne la responsabilité civile professionnelle, mais aussi la partie santé.

Quels sont les pièges à éviter pour durer ?

Il faut à tout prix éviter l’isolement. Entreprendre, c’est travailler en solo, depuis chez soi, avec une autonomie suprême et des règles que l’on peut fixer à sa mesure. Le danger est de croire qu’on pourra se débrouiller tout seul. Or, il est indispensable de construire un bon environnement et d’être accompagné par des experts. Un deuxième danger est de mal appréhender les risques financiers, qui conduisent à des décisions malheureuses. Il est important de ne pas sous-estimer la prise en charge de ses besoins spécifiques en tant qu’entrepreneur en situation de handicap.


A SAVOIR

Aides financières :
L’Agefip offre un accompagnement et une aide financière après avoir reçu une étude approfondie du projet. Elle peut aussi financer les frais de déplacements professionnels.
• L’AAH (allocation aux adultes handicapés) est évaluée en fonction des revenus.

Incubateurs :
Des organismes proposent d’accompagner les entrepreneurs handicapés dans la fiabilité de leur projet, le lancement et la pérennité de leur activité :
H’up entrepreneurs : 400 experts bénévoles s’impliquent dans des programmes d’accompagnement. h-up.fr
Linklusion : plateforme regroupant les partenaires de la sous-traitance handicap – TIH, EA, ESAT. Accompagnement gratuit personnalisé aux TIH. linklusion.fr
BGE : réseau national d’aide à la création d’entreprises. Un référent handicap est nommé dans chaque structure. www.bge.asso.fr
Caire 13 (Marseille) : l’association accompagne gratuitement les entrepreneurs atteints de cancer ou d’une maladie chronique évolutive dans leur parcours professionnel.

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