Le périple de Pierre-Antoine et Raphaël, trisomiques, à vélo vers Lourdes
Le périple de Pierre-Antoine et Raphaël, trisomiques, à vélo vers Lourdes
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Je m'abonneÀ son cou, Pierre-Antoine arbore glorieusement sa médaille couleur or. Il n’y a pas besoin de mots pour ce jeune homme trisomique de 20 ans, de nature réservée: la fierté se lit dans ses yeux. Cette médaille, c’est le souvenir de la folle épopée à vélo qu’il vient de boucler. Entouré de Raphaël, 22 ans, trisomique comme lui, et d’un trio d’accompagnateurs, la fraîche trentaine – Anaïs, Charles et Alexis – ils ont pédalé durant deux semaines en Normandie et en Bretagne.
«J’avais à cœur de vivre une itinérance dans un «esprit scout» et sur un temps long, avec un jeune porteur de handicap», explique Charles, militaire lillois et accompagnateur pour l’association À bras ouverts. Il a fait part de son projet à Anaïs, elle aussi bénévole dans cette association, qui propose des week-ends à des jeunes porteurs d’un handicap mental. Très vite, l’idée d’un périple à vélo germe en eux. L’un des jeunes de leur groupe fait justement du cyclisme: Pierre-Antoine, alias «Pierrot». Fin janvier, Charles et Anaïs exposent leur idée à ses parents. «J’ai été interloquée et très touchée par leur proposition, réagit la mère de Pierre-Antoine. Quelle chancepour lui et pour nous! C’est toujours difficile de trouver un programme de vacances qui lui est adapté.C’est comme un cadeau tout ficelé qui nous est tombé dessus! » Le jeune homme, dernier d’une fratrie de six, a de bonnes capacités physiques. Déjà habitué aux cavales à vélo avec son père, il a déjà vécu une itinérance de plusieurs jours avec sa grande sœur.
S’adapter au voyage
Assez vite, les parents de Pierre-Antoine soufflent l’idée d’élargir l’aventure à un autre acolyte porteur de handicap. Le complice est tout trouvé: Raphaël. Les deux jeunes hommes font partie du même groupe À bras ouverts et sont scouts ensemble, dans une troupe adaptée aux personnes trisomiques. «La présence de Raph’ était très précieuse, reconnaît Charles. Il est de nature très positive. Il y avait une belle interaction entre les deux. Raph’ a parfois pu débloquer certaines situations, quand le moral était plus bas.»
Du côté des parents de Raphaël, la proposition trouve d’emblée un écho favorable. « Raphaël a fait un week-end pour s’entraîner car il avait moins l’habitude du vélo que Pierre-Antoine. Mais tout s’est bien passé, et on avait 100% confiance dans les accompagnateurs. On sentait notre fils très heureux», s’enthousiasme Florence, sa maman.
Les sourires et les boutades fusent en cette fin d’après-midi estivale, pourtant, les mésaventures du début auraient pu les décourager. Le départ avait initialement lieu à Bordeaux, pour descendre vers la cité mariale pyrénéenne. Mais les incendies ravageurs d la région landaise en ont décidé autrement. «Le matin même de notre départ, on a changé nos plans!» raconte Alexis, professeur à Marseille. Direction la fraîcheur normande, pour rejoindre le Mont-Saint Michel. «On avait besoin d’avoir un but spirituel», souligne Charles, qui précise que le groupe prenait des temps de prière chaque soir.
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« Notre aventure n’avait pas un but de performance. L’idée était de jongler entre l’effort sportif et la vie en communauté. »
Comme une déconvenue n’arrive jamais seule, la camionnette prêtée par les parents de Pierre-Antoine est tombée en panne, dès le premier jour. «On avait gardé une marge de sécurité pour ce genre de problème, évoque avec sang-froid Alexis. Notre aventure n’avait pas un but de performance. L’idée était de jongler entre l’effort sportif et la vie en communauté.» Ce volet a d’ailleurs la nette préférence de Raphaël: «J’ai trop aimé le camping! Y avait des animaux à côté. Et les baignades et les pique-nique aussi!» «Le vélo, c’est un peu dur, poursuit le jeune homme blond. J’avais un peu peur quand il y avait des voitures à côté. J’ai fait un dérapage un moment et je suis tombé sur un pont. On a fait un tour de France! Hein, Général de Gaulle?» Charles, à ses côtés, sourit: «C’est mon surnom, car je suis militaire!»
Les vertus du temps long
Par cette itinérance, que deux autres accompagnateurs ont rejoint en cours de route, « on a créé des relations plus profondes. Pour des jeunes comme Pierrot, ce temps long très précieux car il lui permet de se dévoiler petit à petit », note Charles. « On a découvert ce dont ils étaient capables, renchérit Alexis. Ils m’ont impressionné dans certaines côtes. Souvent, à cause du handicap, on peut avoir tendance à les materner. C’est important de leur laisser plus de marge de manœuvre. »
À Lourdes, Pierre-Antoine aide au service d’eau, tandis que Raphaël est bénévole au Magnifi’café, une buvette tenue par des personnes handicapées mentales. «Ça a été un peu rude de quitter l’atmosphère de notre cocon pour rejoindre les milliers de pèlerins», confie Charles. Toute odyssée a son point final. Heureux qui, comme Raphaël et Pierrot, ont fait un beau voyage… Et que de fruits ces néo-aventuriers rapportent dans leurs bagages.
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