Chroniques Points de vue

Le deuil de la scolarité

Guillaume Kaltenbach
Publié le   à 10h34
3 min
portrait de Guillaume kaltenbach

Générez un lien unique pour permettre à quelqu'un de lire cet article gratuitement.

Laissez vide pour générer un lien partageable
Lien généré avec succès !
Ce lien permet d'accéder à l'article sans restriction pendant 30 jours.

Le mois de mai déjà. Pour Roxelane, la fin de l’année scolaire, qui approche, marquera la fin de la scolarité. Son parcours au collège n’ayant pas été évident, elle n’est pas en capacité de poursuivre au lycée, même avec des adaptations ou avec un accompagnement particulier. La fin de scolarité obligatoire à 16 ans restait pour moi une notion purement administrative, et quand j’étais jeune parent, jamais je n’avais imaginé qu’un de mes enfants n’irait pas jusqu’au bac. Pour certains camarades de Roxelane, l’école s’est arrêtée très tôt, voire n’a jamais commencé. Faire le deuil de la scolarité, j’ai du mal à m’y résoudre à mon tour.

Voyant l’échéance arriver, nous avons anticipé et commencé à déposer des dossiers d’admission pour un accueil dans des établissements médico-sociaux. On a été prévenus, il faut avoir les nerfs solides, car les places sont rares et les files d’attente longues, de plusieurs mois. Roxelane risque ainsi de rester à domicile pour un temps indéterminé. Depuis quelques mois, je me prépare à affronter cette phase d’incertitude qui me désole et m’inquiète du fait des répercussions inévitables sur l’organisation familiale et professionnelle. Je préfère ne pas trop y penser, ne pas céder au sentiment de panique, et espérer que les solutions tomberont du ciel.

Bien sûr, ce n’est pas la première fois que nous sommes confrontés à ce type d’épreuve. Comme de nombreux autres parents d’enfants en situation de handicap, je traverse une fois de plus ces phases désagréables d’orientation, où il faut comprendre le système, tenter de discerner ce qui conviendrait au mieux pour son enfant, et effectuer toute la paperasse qui va avec. Contrairement au système scolaire ordinaire, très peu d’informations sortent de ces établissements et le choix va s’effectuer quasiment à l’aveugle. L’adéquation entre le handicap de mon enfant et le projet d’établissement qui va l’accueillir sera-t-elle bonne? Difficile de se faire un avis, j’ai parfois la chance de rencontrer un parent ayant un enfant dans l’établissement en question, mais ce qui convient pour l’un ne convient pas nécessairement pour l’autre. De toute façon, quand une place se libérera, il faudra s’estimer heureux et ne pas faire la fine bouche. Le soulagement de trouver une solution pour mon enfant me rendra vite amnésique sur ce qui suscite inquiétude et colère aujourd’hui.

Petit, je rêvais de faire l’école buissonnière. Combien de temps durera pour Roxelane cette phase d’école buissonnière forcée ? Je n’en sais rien. Elle qui parle régulièrement de son entrée au lycée devra bientôt comprendre que son chemin va prendre une autre trajectoire. Et nous parents, malgré les moments chaotiques qui s’annoncent, serons là, à ses côtés.

Guillaume Kaltenbach est père de trois enfants dont Roxelane, 16 ans, atteinte de troubles du spectre autistique. De confession protestante, ce chef d’entreprise est impliqué dans différentes initiatives professionnelles et bénévoles visant l’amélioration de l’inclusion des personnes en situation de handicap.

À ne pas manquer