Témoins

Le combat imposé

Pauline Journade est tombée malade psychiquement à l'âge de vingt ans. Elle et l'auteur de Rabbouni !, aux éditions Saint-Léger. Extrait.
Guillemette de Préval
Publié le   à 9h51
2 min
Le combat imposé
© Istock.

Générez un lien unique pour permettre à quelqu'un de lire cet article gratuitement.

Laissez vide pour générer un lien partageable
Lien généré avec succès !
Ce lien permet d'accéder à l'article sans restriction pendant 30 jours.

Comment aimer et qu’est-ce qu’aimer ? Comment vivre et qu’est-ce que vivre ? Quel est le lieu dans ma vie où la vérité prend tout son sens ? Ma maladie, c’est le plus grand combat que je mène. Pourtant, ce combat est caché. Tout combat dans l’éclat et la reconnaissance est plus facile. Tout combat dans l’ombre et la solitude est plus pesant et plus dur.

Dieu… Ton combat contre le mal, Dieu, quel est-il ? Te bats-tu, toi aussi, contre l’ombre ? Trouves-tu du sens à la souffrance ? Il est difficile de comprendre ton impuissance, ton incapacité à nous tirer du mal. Ma plus grande souffrance reste celle de voir mes rêves inachevés, de voir ma vie si éloignée de ce qu’elle aurait dû être. Accepter que ma vie ne soit pas plus normale. Accepter que mes rêves ne puissent forcément aboutir. Accepter que mon combat soit celui des malades et non celui des porteurs de paix. À la place, je me bats dans l’ombre sans comprendre grand-chose à ce combat si ce n’est qu’il est le mien et que je dois le mener jusqu’au bout. L’ombre. La peur. L’angoisse. Rester à pleurer des heures.

Sans doute y a-t-il du sens aux ténèbres. Sinon, quel serait le sens de ce combat contre l’ombre ? Sans doute y a-t-il du sens à la nuit. J’ignore lequel. Ton impuissance à me sauver des angoisses qui me traversent a sûrement une explication. De même que ton silence des années durant. Sans doute aurai-je la réponse un jour, ce jour où viendra m’envahir la lumière.

En attendant, je me bats dans l’arène face à ces fauves que je n’ai pas choisis et qui me tombent dessus sans relâche. Ces peurs. Ce découragement… Alors, un jour, on comprend quelque chose. Une lueur se fait en nous : il faudra s’habituer à la peur. Et si le combat existe, il n’empêchera pas d’aimer la vie. Les fauves, quels qu’ils soient, ne pourront rien contre la lumière de l’aube. Ils ne pourront rien contre la vie.

À ne pas manquer