Le chalet saint Michel, un écrin de répit
L’an dernier à la Toussaint, Paul et Béatrice Régnier-Vigouroux ont ouvert les chalets de répit saint-Michel au cœur du Massif des Écrins (Hautes-Alpes). Des chalets où tout a été conçu pour que les familles avec un enfant handicapé puissent se ressourcer dans un cadre grandiose. Ombres & Lumière a eu la chance de découvrir ce lieu unique pendant les vacances d’hiver de deux familles.
Le thermomètre affiche -12 degrés à la descente du train, à Argentières-les-Écrins, ce matin de février. Sur le quai, Paul et Béatrice, yeux bleus pétillants et sourires éclatants attendent patiemment l’un contre l’autre. Le temps de parcourir les quelques kilomètres pour rejoindre la petite station familiale de Pelvoux-Vallouise, où se trouvent les chalets de répit saint Michel, ils reviennent sur la genèse de leur aventure. «À l’issue d’un pèlerinage de trois mois qui nous a conduits de l’Italie au Mont-Saint-Michel, pour discerner ce à quoi nous étions appelés quand l’heure de la retraite sonnerait, la décision d’ouvrir un accueil pour permettre à ceux qui ont besoin de reprendre des forces s’est imposée» expliquent-ils. L’endroit est tout trouvé: cette vallée des Écrins, parc naturel où les montagnes percent le ciel dont ils en goûtent les bienfaits en famille depuis vingt ans.
Faciliter la vie des familles
Quelques mois plus tard, lors d’une session organisée par l’OCH et la communauté de l’Emmanuel à Paray-le-Monial, le mot «répit» s’impose à eux. C’est décidé, ils n’attendront pas la retraite pour ouvrir un lieu à destination des familles touchées par le handicap. Tous deux médecins à Nîmes, ils vendent tout, maison et cabinet, pour s’installer définitivement à la montagne. Le couple achète une bergerie pour eux, et le terrain mitoyen sur lequel ils font construire trois chalets, tout en bois et pierre, adossés à la forêt, dans un écrin de nature et de silence.
« Ce sont les premières vacances où nous n’avons pas de stress. Tout a été conçu pour faciliter la vie des familles comme la nôtre. »
Aujourd’hui, c’est Benoît, le fils de Paul et Béatrice qui, sous un ciel bleu marine, se dirige vers le télésiège avec Bosco, 10 ans, l’aîné de ses quatre enfants, porteur d’autisme. C’est une première pour le garçon. Lui qui aime tout ce qui roule est ravi. Il tape des deux mains sur le garde-corps, fait coucou aux skieurs qui passent sur la piste. Benoît confie: «D’ordinaire, les vacances n’en sont pas vraiment. Nous nous déplaçons pour voir la famille, mais nous sommes toujours sur le qui-vive à surveiller Bosco, à décrocher les tableaux, à retourner les commodes des appartements de location… Ce sont les premières vacances où nous n’avons pas de stress. Tout a été conçu pour faciliter la vie des familles comme la nôtre. Bosco est dans un cadre sécurisé, où il peut bénéficier d’une certaine liberté, et nous aussi. Les murs du chalet sont même vitrifiés, pour qu’il n’y ait qu’une éponge à passer en cas d’accident». Virginie, sa femme, attentive au bien-être de Bosco tout le temps de la montée, témoigne: «Quand je cherchais des solutions de vacances, on me proposait toujours de laisser Bosco une semaine dans un centre. Nous, nous voulions partir en famille. Ici, c’est possible, et la taille du chalet nous a même permis de venir avec mes parents, qui sont là pour nous aider».
Témoignage : « J’ai appris à m’ouvrir pour ne pas m’isoler »
Une beauté réparatrice
Pendant que Bosco tente d’apercevoir un chamois que lui montre le garde forestier depuis le sommet du télésiège, Paul, très bricoleur, explique que les travaux ont été réalisés d’après les recommandations des familles concernées : «La chambre/salle de jeu réservée à l’enfant autiste est dépouillée. On y trouve aucun interrupteur, un chauffage au sol, et juste une étagère d’angle en hauteur. Un trampoline est fixé au mur pour que l’enfant puisse évacuer un trop plein d’énergie quand il en a besoin. Seule pièce de la maison à être équipée de volets roulants électriques, elle permet d’avoir la juste luminosité souhaitée. On peut verrouiller toutes les portes des placards de la cuisine si on le souhaite, et les ouvrir avec un aimant dissimulé. Un des chalets est clôturé pour éviter toute angoisse avec les enfants fugueurs ».
La liste des détails est encore longue, et Béatrice complète: « Nous avons particulièrement soigné la chambre des parents, que nous voulons chouchouter. De jolis tissus montagnards, un fauteuil électrique placé devant la fenêtre pour se reposer ou lire face au panorama. La beauté nous habite ici, et nous savons qu’elle est réparatrice pour ceux que nous accueillons. Elle élève l’âme». Si tout a été pensé au démarrage pour les personnes autistes, les chalets sont également conçus pour accueillir les personnes en fauteuil.
« C’est important pour eux d’avoir des moments privilégiés sans leur frère»
Au côté des deux grands chalets pouvant recevoir jusqu’à douze personnes, s’est ajouté un plus petit, appelé l’ermitage, pour permettre des retrouvailles en famille élargie. Arnaud et Marion, oncle et tante de Bosco, apprécient cette solution : «Nous prenons les repas tous ensemble dans le grand chalet, mais nous ne vivons pas en permanence les uns sur les autres. Nous pouvons aussi passer du temps avec les sœurs et le frère de Bosco. C’est important pour eux d’avoir des moments privilégiés sans leur frère». Après un apéritif dégusté à trois générations en altitude, tout le monde redescend pour le déjeuner. Sur le chemin du retour, Paul et Béatrice confient être très touchés par les élans de générosité suscités par leur projet. Des amis, des voisins leur donnent des luges et des tenues de ski; une fondation leur a offert une joëlette, et des bénévoles se proposent pour soulager les familles…
Permettre aux parents de se retrouver
Aurore et Nathalie, qui habitent le village de Pelvoux, arrivent en voisines pour raconter l’expérience vécue la veille avec Basile, 9 ans, autiste, en vacances avec sa famille dans un des chalets. Après une petite formation à l’autisme dispensée par Béatrice, les deux bénévoles sont venues en début de semaine rencontrer Bénédicte, la maman de Basile, afin qu’elle leur présente son fils et leur donne toutes les recommandations utiles. Bénédicte et David, son mari, sont en relais permanent auprès de Basile. Hier, pendant trois heures, ils ont pu s’échapper le temps d’une balade en amoureux.
Aurore l’atteste: «Le sourire des parents au retour de leur promenade a été ma plus belle récompense». Nathalie, encore très émue par l’expérience de la veille, se déclare « honorée d’être entrée en contact avec Basile». Enthousiastes, toutes les deux sont prêtes à renouveler l’expérience, et souhaitent même se former au Makaton (1) afin de communiquer avec les enfants non-verbaux. Grâce à elles, les parents de Basile ont pu dîner au restaurant avec leurs deux ainés. Ils n’avaient pas goûté de soirée à quatre, depuis l’été dernier -un moment précieux. C’est aussi l’un des engagements de Paul et Béatrice: offrir aux familles de garder leur enfant en situation de handicap un soir dans la semaine. Leur disponibilité est incroyable. Ce couple édifiant est habité par un amour du Christ qui transparaît dans leurs actions.
« Cela fait du bien de sentir que l’on n’est pas seuls»
Le téléphone sonne. Une maman souhaite venir avec son fils cet été. Quand elle demande quels papiers fournir pour effectuer la réservation, et qu’on lui répond, « aucun », elle n’en revient pas : il lui suffit de dire en amont ce dont elle a besoin. « Ces familles sont submergées par l’administratif », note Béatrice. « Ici, on veut que tout soit simple pour elles. » L’ombre gagne peu à peu les montagnes. Seul le Mont Pelvoux, qui culmine à 3946 m, garde trace du soleil qui a brillé toute la journée.
C’est la dernière soirée pour les vacanciers. Bénédicte formule un petit bilan de la semaine : « Dès la descente de la voiture, Paul et Béatrice nous ont appelés par nos prénoms. Nous étions attendus, accueillis. Des personnes sont venues jouer avec Basile sans qu’on n’ait rien eu à organiser : cela a été un véritable cadeau. Nous avons aussi pu échanger avec les parents de Bosco sur le suivi, la stimulation que nous mettons en place pour nos enfants. Cela fait du bien de sentir que l’on n’est pas seuls ». Demain, après le départ des familles, Paul et Béatrice prendront le temps de nettoyer à fond les chalets, et d’y disposer un bouquet de fleurs, accompagnés de croquants cuisinés maison pour accueillir les suivants.
Christel Quaix