Témoins

Journal d’un médecin malade (Ep. 3)

cdelagoutte
Publié le   à 16h17
4 min
Journal d’un médecin malade (Ep. 3)

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FIDÈLE COMME UNE OMBRE

Septembre 2020

Hier nous avonspassé unebelle mais longue journéeà l’ÎleGrande avec les copainspour la mise à l’eaudu canotd’Yvonet Marie-Jo. J’aide plus enplus mal au dos et je doisprendre des antalgiquesdepuisquelquesjours. La douleurme réveillevers5-6 h le matin et j’attendsque Chantal se lève. Ce matin je me demandaisle pourquoide moncalme, de la sérénitéréelleque jeressensmalgré l’évolutionde cettesatanéemaladie. Ce qui n’empêchenullementla tristesse passagère. La réponseque j’entrevoisestcellede la certitude inéluctablede l’issueet de l’assuranceque je conserve toujoursdu choix final. Mon gestene sera pas, j’espère, celuidu désespoirnide la révolte. Non, un gestelentementmûri, au termed’un combat menéloyalementcontreunemaladieinexorable. Un peucommeun marathonienqui abandonneau 30ekilomètre, au bout de seslimitesmais heureuxde l’effortaccompli. « J’aiatteintmeslimites », ditBobby dans le terrible et superbefilm d’Arthur Penn, La Poursuiteimpitoyable,et il ajoute: « Je n’aiplus peurde la mort. Je suis libre » ; Amadou Hampaté Bâ, quant à lui, écrit: « La mort anéantitle souci.» Espérons. Inchallah. 

Je me disaiscematin dans le lit que contrairementà moi, le patient cancéreuxgardeuneépée de Damoclèsau-dessus de la tête ;il restedans l’intranquillité, dans l’incertitudede son avenir, partagéentre crainteet espoir, rémissionet rechute. Et l’incertitudeestanxiogène. Mon destinà moiestécrit, forgé, telceluitragiquedu héros de l’Iliade, parfaitementinformépar le messagerdu Dieu de l’Olympequ’ilvamourirau combat, qui le regrettemais l’accepte. Encore de l’orgueil, de la résignation, entout casl’acceptationdu destin?

La semaineprochainenous partonsquelquesjoursenSaumurois, puisà Oléron revoir Alice. Balades enfauteuil roulantle long de la Loire. Nous voulions, Chantal et moi, faire ceschemins envéloil y a quelquesannées. C’estjustele moyende locomotion qui change !J’ai déjàprogramméquelquesvisitesgourmandeschez des viticulteursconnuset à connaître.

* Aujourd’hui Philippe Bail est en vie, et se laisse aller «en appréciant tous les instants de la vie». «Je n’ai plus du tout envie de mourir», dit-il, après avoir rédigé tout son journal. Il ne parle plus de suicide. Il est alité, sous assistance respiratoire 24h/24. Son témoignage pour Ombres & Lumière est visible ici.Retrouvez la suite de son journal, mardi prochain.


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