Isabelle Comte : « Les personnes qui ne parlent pas sont incapables de dire la vie qu’elles ont »
Mon fils, qui n’est pas autonome et ne parle pas, a intégré il y a peu une Maison d’accueil spécialisée pour adultes, qui est désormais son lieu de vie. Lorsque j’ai reçu le Pacte progressiste envoyé par l’établissement, et que celui-ci a été rapidement présenté aux parents, cela m’a beaucoup heurtée. En effet, la promotion de l’euthanasie et du suicide assisté y est bien présente, comme elle l’est désormais dans le texte de loi sur l’aide à mourir. Sous couvert du mot républicain de “liberté”, sous couvert d’humanisme, on veut encourager l’aide à mourir. Mais quelle aide étrange de vouloir aider les personnes à mourir! Comme mère, je suis inquiète, d’autant que ce sujet passe pour un sujet presque anodin dans la structure de mon fils, pourtant bien accompagné.
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Quand des personnes ne parlent pas, sont sous médication, ou en situation de grande dépendance, elles sont incapables de dire la vie qu’elles ont. Comment pourra-t-on préjuger de tous ceux qui n’ont pas leur mot à dire ? Pour les personnes handicapées qui ne vont pas toujours bien d’un jour à l’autre, il est facile d’estimer à leur place l’échelle de la douleur, le sentiment d’être malheureux : tout est interprétable.
« La loi mettra dans notre esprit cette possibilité de la mort. Elle exprimera le poids que pèsent les personnes comme mon fils : parce qu’elles coûtent trop cher à la société, méritent-elles vraiment qu’on s’occupe d’elles ? »
Comment juger de la souffrance d’autrui ? Alors bien sûr, comme économiquement ils coûtent, la dérive d’une future loi ouvrant la porte au suicide assisté peut vite arriver. Une fois la loi enclenchée, les limites ne seront plus vraiment tangibles. Et qu’on ne me parle pas de garde-fous. On aura beau dire, « ne vous inquiétez pas, ce sera bien cadré », pourquoi n’ira-t-on pas plus loin ? Il suffit de voir les dérives en Belgique.
La loi mettra dans notre esprit cette possibilité de la mort. Elle exprimera le poids que pèsent les personnes comme mon fils: parce qu’elles coûtent trop cher à la société, méritent-elles vraiment qu’on s’occupe d’elles? C’est là une charge psychique très lourde et culpabilisante pour les parents. Mieux vaut accompagner, toujours accompagner; je le vois bien avec mon fils. La seule vie qui lui est proposée c’est celle-là, de toute éternité, avec son handicap, parce qu’il n’y en a pas d’autre. Je suis inquiète et j’ai réagi en demandant à remplir tout de suite les directives anticipées. Les Français ne réfléchissent pas au-delà d’eux-mêmes, parce que ça ne les concerne pas, ils restent dans le «on verra bien». Mais quand on est concernée de près, comme mère d’un fils privé de parole et qui un jour vieillira, c’est impressionnant.
Le Pacte progressiste ratifié par l’APAJH ainsi que par des associations et de nombreuses mutuelles, appelle à légaliser le suicide assisté et l’euthanasie, pour ne pas laisser de côté «ceux qui ne sont plus aptes à un tel geste».