L’IA, une aide de camp face à l’autisme

Chroniques Points de vue

L’IA, une aide de camp face à l’autisme

Guillaume Kaltenbach
Publié le   à 13h37
4 min
L’IA, une aide de camp face à l’autisme

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À l’occasion de la récente publication de l’encyclique « Magnifica Humanitas » par le Pape, la réflexion autour de l’intelligence artificielle (IA) a gagné en profondeur. C’est l’occasion pour moi de prendre un peu de recul sur mes pratiques en lien avec le handicap de ma fille.

Lorsque j’ai commencé à me servir de l’IA, j’ai d’abord été frappé par les similitudes avec le monde de l’autisme. Les deux univers ont beaucoup en commun, peu d’humour, un déficit dans la gestion des émotions, une facilité à fonctionner en bulle loin de tout contact humain. Quand je demande une réponse orale à la machine, j’entends des voix stéréotypées et monotones qu’on repère bien souvent chez les autistes.

De son côté, Roxelane répète chaque jour un nombre considérable de fois les mêmes mots ou expressions, reproduit à merveille les jingles musicaux de la SNCF ou des magasins sans y mettre beaucoup de sens, réitère les mêmes gestes d’affection pendant des mois et des mois. Elle surprend régulièrement ses interlocuteurs en indiquant la date exacte d’une rencontre, d’un anniversaire ou d’un décès. Sa base de connaissance est certes réduite,mais sa mémorisation des détails étonne.

« L’IA vient compenser mon manque d’idées et de connaissances face au mystère du cerveau autistique. »

L’IA m’est d’une grande aide en tant que parent. J’y trouve un formidable outil de préparation des interminables dossiers administratifs que la situation particulière de Roxelane requiert. Comme un fardeau qui s’allège, je gagne un temps fou lorsqu’il s’agit de rédiger et d’aboutir à des paragraphes dans le style et la longueur attendus. Bien sûr, je fais attention à ne laisser aucun élément permettant d’identifier ma fille, son prénom en particulier. L’IA intervient à mon service, comme un aidant parental qui jamais ne s’épuise, jamais ne se plaint.

L’IA vient compenser mon manque d’idées et de connaissances face au mystère du cerveau autistique. Combien de fois je me suis retrouvé démuni,ne sachant pas comment occuper Roxelane autrement qu’en jouant au mistigri avec elle ! J’ai configuré mon «agent IA» de telle sorte qu’il se comporte comme s’il était un expert de premier plan de l’ensemble des bonnes pratiques médicales et éducatives autour de l’autisme, un as en matière de réglementation autour du handicap, un connaisseur fin de l’ensemble des initiatives existantes répertoriées un peu partout dans le monde.

L’IA me fait ainsi trouver un nombre incroyable d’idées dont je peux me servir pour créer des jeux, concevoir des programmes éducatifs, identifier des lieux de visite adaptés à sa situation, mais aussi améliorer mes échanges avec les professionnelsqui interviennent autour d’elle.

« Ce serait une erreur de tenter de se défausser sur l’IA en en mettant partout autour d’elle, à la façon«tour de Babel»évoquée par l’encyclique papale. »

Allant un cran plus loin, j’aménage des interactions encadrées entre Roxelane et l’intelligence artificielle. «Encadrées»,afin d’éviter les dérives et utilisations potentiellement malveillantes. L’enjeu est avant tout de lui permettre de gagner en autonomie, de l’encourager à poser des questions, ou plus prosaïquement de lui donner accès à la météo ou à la musique qu’elle aime, sans nous demander. Ce serait une erreur de tenter de se défausser sur l’IA en en mettant partout autour d’elle, à la façon«tour de Babel»évoquée par l’encyclique papale.

Dans l’autisme, la gestion de la dimension sensorielle reste primordiale, et ce n’est pas l’IA qui va apprendre à Roxelane à supporter le bruit, à mastiquer plus lentement, ni à réfréner ses pulsions agressives quand on la touche. L’outil touche à ses limites. C’est une bonne nouvelle pour moi, l’intelligence artificielle ne va pas me remplacer, et je reste encore utile dans mon rôle de père pour l’aider à construire sa vie, façon«Néhémie».

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