Guillaume, infirme moteur cérébral, « roi du Tro Breizh » en joëlette

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Guillaume, infirme moteur cérébral, « roi du Tro Breizh » en joëlette

Guillaume Lemaistre, atteint d’un handicap moteur et cognitif, a arpenté en joëlette les chemins du Tro Breizh, pèlerinage emblématique de sept saints fondateurs de la Bretagne. Autour de lui, une équipe de volontaires s’est relayée pour escorter celui qui est devenu un fil conducteur.
Guillemette de Préval
Publié le   à 8h49
4 min
Guillaume, infirme moteur cérébral, « roi du Tro Breizh » en joëlette

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On surnommait Guillaume Lemaistre le « roi fainéant » du Tro Breizh. Clin d’œil facétieux au Moyen-Âge et ses rois mérovingiens, période durant laquelle ce pèlerinage qui relie les villes des sept saints fondateurs de la Bretagne, était populaire ? Non, plutôt une référence taquine à son mode de déplacement : la joëlette.

Guillaume, âgé de 42 ans, est atteint d’une infirmité motrice cérébrale (IMC), avec une déficience intellectuelle légère. Il se déplace difficilement. « Une de mes amies avait fait le tour du Tro Breizh et m’avait parlé d’une association qui proposait des joëlettes pour les pèlerins handicapés », raconte Martine, la mère de Guillaume. L’ancienne marathonienne connaît l’appétit de son fils pour les randonnées. Les voilà embarqués dans l’aventure qui les a menés, chaque été, de 2008 à 2014, à partir une semaine sur les sentiers bretons.

La première année où le duo mère-fils a participé au pèlerinage, l’association a lancé un appel aux volontaires pour tirer la joëlette. Cinq personnes se sont spontanément proposées. Puis, un noyau dur de fidèles s’est formé autour de Guillaume. «Au départ, on ne se connaissait pas du tout, raconte Martine Lemaistre. Au fil des éditions, une belle équipe s’est formée. Ils n’étaient pas tous sensibles au handicap, ils voulaient juste aider. Guillaume, très agréable à vivre et souriant, a tout de suite su les fédérer. »

La cathédrale debout

Quand on demande au royal pèlerin ce qu’il a préféré vivre dans cette aventure, la réponse fuse, de son élocution maladroite et enjouée:«la tente!», en référence aux nombreuses nuits en camping effectuées. Quant à la traversée en joëlette, «ça faisait un peu peur mais c’était marrant!», lance-t-il. Le chemin, parfois escarpé, donnait parfois du fil à retordre aux porteurs de ce curieux trône. Armé d’une cloche, Guillaume pouvait prévenir les autres pèlerins de son arrivée pour les doubler. Pour les derniers kilomètres, celui-ci demandait souvent à descendre pour franchir les derniers pas avec les pèlerins.

Petit à petit, la renommée de son périple a fait du bruit. « Parmi les 15 000 pèlerins présents, tout le monde connaissait Guillaume !, se souvient Martine Lemaistre. Le fait d’être au centre de l’attention l’a beaucoup valorisé ».

« Lorsque Guillaume a été nommé, la cathédrale lui a fait une standing ovation. J’en suis encore émue aujourd’hui ! Guillaume est la première personne à avoir achevé le tour en entier en joëlette. »

La mère de ce randonneur hors norme se souvient encore de la remise officielle du diplôme du Tro Breizh, dans la cathédrale de Vannes, délivré lorsque le pèlerinage a été vécu en entier : « Chacun est appelé par son prénom par le prêtre et la présidente de l’association. Lorsque Guillaume a été nommé, la cathédrale lui a fait une standing ovation. J’en suis encore émue aujourd’hui ! Guillaume est la première personne à avoir achevé le tour en entier en joëlette. »

Cet été, le 8 août, Guillaume et sa mère retournent auprès des pèlerins du Tro Breizh pour reprendre la marche, le temps d’une journée, à Quimper. Martine proposera aux bénévoles qui les ont accompagnés de se joindre à eux.

Car des liens forts se sont créés depuis, notamment avec un couple originaire de Seine-et-Marne, chez qui les Lemaistre ont été invités à séjourner après le pèlerinage. « Accompagner Guillaume a été une belle expérience dans notre vie, relate Bernard Brard. Avec mon épouse, nous sommes partis cinq étés d’affilée avec lui. Ensuite, nous avons poursuivi le Tro Breizh sans lui, car lui l’avait fini, mais pas nous. Son absence a créé un gros vide ! Il était un fil conducteur pour nous ». Le chemin devenait orphelin de son atypique souverain.

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