Chroniques Points de vue

Tombé cent fois, cent fois relevé 

Laetitia Forgeot d’Arc
Publié le   à 11h56
3 min
Tombé cent fois, cent fois relevé 

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«Je suis fier de toi ! Et toi aussi tu peux l’être.» Paul choisit ses mots.

Qu’est-ce qu’on fête ? Les premiers pas d’un bébé ? Un nouveau boulot ? Une mention au bac ? Rien de cela. J’ai arrêté de fumer.

Je me surprends à être touchée par les mots de mon fils. Pourquoi me sont-ils si doux ?

Appelons un chat un chat et le tabac, une addiction. Ceux qui ont tenté d’en finir avec cette insidieuse soumission comprendront. Je prie les autres de me croire sur parole.

« Paul mesure la fragilité de chaque victoire. »

Toute proportion gardée, Paulsaitde quoi il parle, combien il est difficile de mettre fin à une habitude nocive. Il connaît l’âpre travail de déprise des «toxiques» – ainsi les soignants nomment-ils les substances diverses encombrant souvent la vie de leurs patients touchés par une schizophrénie. Il est tombé cent fois. Cent-une fois il s’est relevé, en dépit d’un suivi mal ajusté, de listes d’attente infernales, de lieux supposés préservés, mais abritant un trafic débridé: je parle des résidences-logement ou de l’hôpital. De quoi décourager les plus tenaces ! Il s’agit bien de cela : Paul a sum’encouragerces dernières semaines.

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Il mesure la fragilité de chaque victoire, et insiste pour qu’elle soit considérée. Aujourd’hui se célèbre et ne craint pas demain.

«Soixante-dix-sept fois sept fois», ce nombre symbolique et biblique signifie l’infini du pardon dû à l’autre: il s’applique d’abord à chacun pour lui-même. Pour les pragmatiques, le résultat fait 539, soit plus d’une fois par jour durant un an. Dans mon évangile quotidien, cela signifie cesser de fixer mes échecs, opter pour la patience, célébrer les avancées.

Si j’éprouve tant de joie au souvenir des mots de mon fils, c’est qu’ils célèbrent moins le résultat -qu’on espère durable, que le désir de changer, l’élan de vie. Lorsque je chercherai les mots qui encouragent, j’y songerai. Je n’oublierai pas ceux qui félicitent. Ces mots dont la douceur et le souvenir sucré, pareils à ceux d’un bonbon à la bergamote, demeurent bien après qu’il a fondu.Puisque c’est la rentrée, les voyants «bonnes résolutions» clignotent fébrilement: je suggère de leur opposer ceux de l’encouragement.

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