Documentaire « Anesthésia » : quand la vie l’emporte sur l’euthanasie 

Documentaire « Anesthésia » : quand la vie l’emporte sur l’euthanasie 

Après « Et je choisis de Vivre », Damien Boyer emprunte de nouveau le chemin tortueux du deuil et de la mort avec un documentaire sur les conséquences de l’euthanasie dans les pays où elle est légalisée. Ce film, qui fait écho au débat actuel sur l’aide à mourir en France, est une ode à la vie subtile et convaincante.
Damien Brickler Grosset
Publié le   à 15h33
3 min
Documentaire « Anesthésia » : quand la vie l’emporte sur l’euthanasie 
Pour Claire Dierckx et son compagnon, l'euthanasie n'est pas un acte d'amour.

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Rarement concomitance fut aussi réjouissante. D’un côté, depuis le 22 juin, les députés français entament la troisième et dernière lecture du texte sur l’ « aide à mourir ».De l’autre, ce 24 juin, sort dans les salles un film sur ce sujet. Son nom : Anesthésia.

Et si l’on se risque à qualifier cette simultanéité réjouissante, c’est parce que le documentaire de Damien Boyer parvient en moins de 110 minutes à insuffler un vent nouveau de réflexion et de hauteur dans un débat public boursouflé et ramolli dans sa panse, tant il a été chauffé et réchauffé à l’intérieur des frontières hexagonales.

À l’inverse d’un législateur qui s’entête à farder les faits sous le crayon noir de la sémantique – exemple : dans la proposition de loi a un moment été inscrit « Les personnes euthanasiées seront réputées décédées de mort naturelle » – Damien Boyer met au ban la parole politique pour faire la lumière sur ceux que l’on ne voit pas.

Dans ce documentaire, peu de politiciens pour se disputer la tribune. Juste une mince poignée de spécialistes – médecins, anthropologues, etc. – qui, pour la plupart, rétablissent les faits, à l’instar du politologue Dominique Reynie : « Il n’est pas vrai que nous ne souffrons plus lorsqu’on nous euthanasie. On ne vous soulage pas : on vous tue. C’est une fausse promesse, une supercherie dans les idées, comme si on renforçait la ressemblance entre l’injection létale et le soin. » Et surtout, une liste d’aidants et de familles vidés par le deuil, le regret, parfois l’incompréhension.

Une dose d’espoir

Damien Boyer filme au plus près ces corps ankylosés, pour mieux en dévoiler les stigmates et les vicissitudes et installer un halo d’intimité avec le spectateur. Pour autant, rien n’est larmoyant, ni dans le ton, ni dans l’image.

Car, si tout dans cette superposition de récits rappelle la mort, c’est bien la vie qui l’emporte. Comme dans la maison de Gardanne, établissement de soins palliatifs coloré d’âmes vives, toutes empreintes à injecter des doses de bienveillance et de réconfort aux résidents.

Comme chez Claire Dierckx, Bruxelloise atteinte d’une maladie génétique neurodégénérative, l’ataxie spinocérébelleuse. Hantée par l’euthanasie d’un père qui n’a pas supporté cette même maladie, elle tient la dragée haute à un médecin belge – enorgueilli « du don » qu’il fait aux patients au point de se congratuler des 200 injections létales qu’il distribue chaque année – par son indéfectible foi en l’amour, celui qu’elle offre à son compagnon,celui qu’elle donne à la vie, coûte que coûte.

Malgré la diversité des portraits que propose son film, le regard que porte le réalisateur sur l’aide à mourir est univoque. Quand il filme une famille autochtone canadienne, il remet en question la marche du progrès lorsqu’elle casse des valeurs séculaires. Quand il se rend chez une mère abattue par l’euthanasie de sa fille, atteinte d’une anorexie mentale sévère, il interroge la pertinence du droit à mourir des mineurs aux Pays-Bas.

Enfin, quand il finit par évoquer le rejet de la loi sur l’aide à mourir en Écosse, grâce notamment au revirement de certains députés travaillistes et à l’acharnement de la députée paralysée des jambes Pam Duncan-Glancy, on ne peut s’empêcher de penser qu’il instille une dose d’espoir dans le combat que portent certains mouvements en France qui représentent les personnes handicapées, comme les Éligibles. Et qu’il en profite pour égratigner au passage, en le comparant à l’Écosse, le flanc gauche de la politique française, incapable de prendre de la hauteur sur ce sujet. Il ne le fait jamais avec de gros sabots, toujours avec subtilité et un brin d’émotion.

  • Un film de Damien Boyer
  • Durée : 1h44
  • Sortie au cinéma : le 24 juin 2026

À lire aussi la critique du film : «Ulysse», l’odyssée d’un garçon porteur d’un syndrome génétique et d’une maman lionne

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