Chroniques Points de vue

Des vœux pieux ?

cdelagoutte
Publié le   à 12h28
3 min
Des vœux pieux ?

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Le mois de janvier est traditionnellement consacré aux souhaits d’événements heureux pour autrui, et de vœux partagés pour la nouvelle année qui débute. Je trouve cette tradition plutôt belle et bienveillante, mais souvent un peu superficielle. Car je n’attribue pas aux paroles humaines de pouvoir prédictif ou performatif !

Il y a un vrai risque de vœux pieux, ou de vœux creux, que des personnes particulièrement sensibles ou isolées, souffrantes, ne manqueront pas de déceler et peut-être de passer au crible – telle que moi.

En somme, les vœux, c’est charmant, mais ce n’est pas toujours criant de vérité, ni suivi d’effets.

Il est des moments dans la vie où ce mois émaillé de vœux est une véritable épreuve. Parce que l’on est plongé dans la maladie, parce que l’on est isolé, parce que l’on souffre psychiquement, ou les trois à la fois. Je me souviens de ces années où certaines personnes de mon entourage ne savaient pas quoi me souhaiter, ne me parlaient pas, de peur de paraître déplacé, ou, peut-être, d’entrer véritablement en relation avec moi. A ce moment-là, j’aurais préféré que l’on passe directement du mois de novembre au mois de février, pour éviter les jours de fêtes si éprouvants, si compliqués dans ces circonstances.

Le plus dur alors, c’est la relation avec les autres, avec les personnes que l’on dit « normales », qui parlent de leur boulot, de leurs marmots, de leurs projets pour l’année, et évitent soigneusement de parler de leurs vulnérabilités, de leur humanité, de leurs faiblesses : on sait bien, pourtant, que c’est cela que l’on a en partage, et qui fait aussi la richesse d’une relation.

Lorsque j’étais au fond du trou, j’ai fait l’expérience de faire peur, de troubler ou bien encore de gêner. Je me souviens très bien avoir été une patiente complexe, une enfant incompréhensible, une jeune femme encombrante… J’ai souffert de maladresse parfois, de silence et d’indifférence, souvent. Je me souviens même de moments où l’on répondait à ma place lorsque quelqu’un me posait une question !

A choisir, la maladresse vaut mieux que l’indifférence, même si je sais que pour l’entourage d’une personne qui souffre moralement, la parole est parfois un champ de mines. Je ne veux jeter la pierre à personne, mais plutôt rappeler que la parole n’a pas d’abord pour vocation de prédire des concepts pour autrui, mais d’entrer en relation avec l’autre pour nous humaniser.

Sophie de Coatpont, 13 janvier 2025

Sophie de Coatpont, atteinte de bipolarité, se destine à être médiatrice de santé paire en psychiatrie. Elle suit actuellement une licence professionnelle à l’université et travaille dans une association à temps partiel, où elle apprend à accompagner des adultes avec un handicap psychique. Avec ses mots qui frappent sans jamais abîmer, trempés dans sa foi et sa soif de vivre, Sophie de Coatpont traverse le fil précaire de l’existence, en quête d’équilibre.

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