Handi’chiens : « Cette boule de poils a réveillé mon âme »
Quelle est votre histoire avec Handi’chiens ?
À l’âge de 9 ans, j’ai déclenché une maladie génétique héréditaire qui ne s’était pas encore déclarée. Pendant cinq ans, j’ai erré, ne sachant pas ce que j’avais. À cette époque, je souffrais de fortes douleurs inexpliquées. Pour cette raison, et à cause de nombreux rendez-vous médicaux, j’étais souvent absente en classe. Je me renfermais de plus en plus. J’ai perdu mes amis. Je me suis retrouvée en échec scolaire.
Un jour, dans la salle d’attente d’un hôpital, j’ai vu une dame qui avait, à ses côtés, un magnifique golden. J’ai été fascinée par la relation d’entraide et d’amour qui s’exprimait. C’est là que j’ai découvert l’existence des chiens d’assistance, et de l’association Handi’chiens, créée en 1989. J’ai attendu avant d’oser faire une demande. Je me disais que d’autres personnes en avaient plus besoin que moi. Puis, j’ai eu le déclic. J’ai envoyé un dossier en 2016, j’avais 15 ans. Un an et demi plus tard, mon dossier a été sélectionné.
Comment avez-vous choisi votre chien d’assistance ?
L’association m’a invitée à réaliser deux semaines de stage de passation. En fonction de ma pathologie, de mes difficultés et de mes habitudes de vie, trois chiens m’ont été proposés. Parmi eux, Jimba, la chienne que j’ai actuellement, est sortie du lot. L’un ne parvenait pas à se canaliser et le deuxième ne s’attachait pas à moi.
Avec Jimba, on a tout de suite été en symbiose. Elle avait envie de m’aider, elle s’est vite montrée proche de moi. Je me déplace en fauteuil roulant, mais je peux encore marcher, très doucement, au risque de chuter. Jimba était la seule à être capable d’adapter son allure en fonction des circonstances. Bien sûr, tout n’a pas été rose dès le début, il a fallu un temps d’adaptation.
À quels handicaps ou pathologies les chiens d’assistance s’adaptent-ils ?
Contrairement à ce que l’on peut penser, un chien d’assistance n’est pas un chien guide d’aveugle. Ce sont même deux réalités très différentes. Notre association propose sept profils de chiens : ceux d’assistance pour les personnes avec un handicap moteur – les plus demandés ; les chiens d’éveil pour des personnes autistes, trisomiques, polyhandicapées, ou ayant une pathologie neurologique ; les chiens d’accompagnement social, pour les établissements médicaux, les maisons de retraite, les maisons d’accueil spécialisées (MAS)… Ils sont là pour apaiser les angoisses ou stimuler les personnes.
On compte aussi les chiens d’assistance pour les personnes épileptiques : ils sont formés à détecter les crises, prévenir et mettre en sécurité leur maître ; les chiens d’assistance à la réussite scolaire pour créer du lien avec les élèves et limiter le harcèlement scolaire ; les chiens d’assistance judiciaire, pour apaiser les victimes au moment de se rendre à une audition, un tribunal ; et, enfin, il y a les chiens détecteurs de pathologies. Pour l’instant, cela ne vaut que pour la Covid 19, mais devrait s’ouvrir à des détections de cancers, ou autres maladies.
Quels sont les principaux besoins de l’association ?
Un chien d’assistance coûte 17 500€. Ce montant englobe toute son éducation, les frais vétérinaires, jusqu’à ce qu’il soit adopté par un bénéficiaire. Je n’ai rien eu à débourser pour avoir Jimba. Une fois que le bénéficiaire trouve son chien, c’est lui qui prend en charge les frais de la vie courante. Les demandes sont nombreuses, les délais sont longs et nous ne vivons que de dons privés.
L’autre besoin crucial est l’implication de familles d’accueil pour dresser le chien pendant deux ans. Celles-ci doivent lui faire découvrir le plus de lieux différents– magasins, écoles, cinéma, hôpital… –pour que le chien s’habitue. Cela demande du temps. Je donne souvent des nouvelles à la famille d’accueil de Jimba : c’est une façon de la remercier pour tout ce qu’elle m’a donné.
Depuis que Jimba est à vos côtés, qu’est-ce qui a changé dans votre vie ?
Quand on demande un chien d’assistance, c’est avant tout pour la dimension d’« aide technique ». À 16 ans, j’avais envie d’être un peu plus normale et indépendante. Mais je me suis fait surprendre. Cette boule de poils a réveillé mon âme ! Le chien suscite la rencontre. Dans la rue, Jimba cache mon fauteuil. Avant, on arrêtait mes parents dehors pour leur dire « qu’est-ce qu’elle a ? ». Aujourd’hui, on s’arrête et on me parle. Grâce à elle, je n’ai plus peur du regard des autres. Elle m’a conduite à sortir de mon enfermement et à me refaire des amis.
Au niveau de mes douleurs régulières, sa présence m’aide aussi. Si j’ai mal aux mains, je canalise la douleur en la caressant. Avant, je prenais des traitements très lourds, comme de la morphine. Aujourd’hui, j’ai tout diminué de moitié ! J’ai repris goût à la vie. Jimba est arrivée lorsque j’étais lycéenne. Ensemble, on a passé le bac, le permis. J’ai osé partir étudier à Alençon, alors que mes parents habitaient à Caen. Ce choix aurait été inenvisageable sans chien. J’ai obtenu mon premier poste de directrice adjointe d’une maison de retraite. Aujourd’hui, je suis responsable de la qualité et de la gestion des risques dans une association qui œuvre auprès de personnes handicapées mentales, les Papillons Blancs, et j’habite dans mon propre appartement.
En bref
• 2 ans. C’est le temps nécessaire pour dresser un chien d’assistance.
• 3 ans. C’est le délai moyen d’attente avant d’en obtenir un.
• 5 centres de formation canins existent en France.
• 7 profils de chiens sont proposés.