Benoît Preteseille, la petite voix d’un grand brûlé
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Je m'abonneVingt-cinq ans après l’éclair, Benoît Preteseille a éprouvé l’urgence. Non pas l’urgence de se dire, d’enfin sortir du bois, mais l’urgence de faire entendre « une petite voix parmi les grands brûlés ». Le dessinateur a retracé quelques pans de son histoire – à travers une ligne de crayon jamais trop sûre d’elle, d’un trait violacé comme une cicatrice, en publiant au printemps « Grand brûlé ». On retrouve l’artiste dans une ruelle doucement éclairée d’Angoulême, cité de la bande dessinée aux murs toujours un peu fissurés.
Benoît Preteseille a adopté la ville pour sa lumière franche, lui qui a grandi dans la Marne, à l’ombre des croix blanches des Poilus tombés au champ d’honneur, et des souvenirs des gueules cassées. « J’étais souvent agacé par certains livres de témoignages, car il est bon de savoir s’effacer, plutôt que de prendre une place qui n’est pas la bonne », exprime l’artiste à l’œil exigeant. « Soudain, ça m’a paru possible d’en faire un, en exprimant mes doutes et en restant humble. »
Ne pas mourir de douleur
C’était dans une banlieue parisienne dont le nom lui échappe : le jeune étudiant aux Arts Déco de Paris explorait alors une voie de garage avec deux comparses. « Sans trop savoir pourquoi », cet amoureux du risque a escaladé un wagon garé là. Depuis les fils à haute tension, l’éclair électrique est tombé, non pas sur lui, mais juste à côté : « sans quoi il m’aurait coupé en deux et je serai mort ». Les jours suivants semblent ne pas avoir existé : le coma pour ne pas mourir de douleur, l’attente silencieuse. « Dans ces moments, je m’attachais à des choses minuscules. » S’en sont suivies la reconstruction intense, la longue cicatrisation, la découverte effrayée d’un corps en charpie, et depuis, la conscience aiguë que « la mort peut surgir à tout moment, sans crier gare ».
Benoît Preteseille ne cherche pas à s’appesantir sur l’accident. Sa bande dessinée « Grand Brûlé », qui se refuse au voyeurisme, juxtapose des croquis d’anciens carnets et des mots saillants, dans une exploration délicate de la condition des « bousillés ». Son œuvre de dessinateur a toujours été « traversée par des personnages qui changent de peau, des monstres », évoque Daniel Pellegrino, directeur de la maison d’édition Atrabile, qui le connaît de près. « Mais Benoît n’est ni plus ni moins angoissé qu’un autre homme : son aplomb, notamment sur scène, montre qu’il n’est pas du tout le personnage traumatisé, au point qu’il se retirerait de la société – pour preuve son engagement comme président de syndicat ! ».
Du sens à l’existence
Alors que ses ancêtres collectionnaient déjà les toutes premières bandes dessinées au XIXème siècle, lui a été captivé par celles de Tardi, où « les personnes complexes n’étaient pas là juste pour décorer ». Le dessinateur utilise à plein les pages de « Grand Brûlé » pour égrainer « plein de choses » qui le révoltent, « notamment la façon de représenter les personnes aux visages brûlés. »
Ces dernières, dans les imaginaires collectifs, sont le plus souvent les méchants ou les vengeurs. « La fiction est très violente à leur égard, note-t-il, et moi qui en ai croisé beaucoup, dans les cures par exemple, je sais qu’elles ont leurs difficultés, mais aussi leurs joies et des gens à aimer. » Sans jamais s’y réduire, Benoit Preteseille a voulu parler à cette vaste communauté de personnes « abîmées, tordues, ébréchées ». Il en a bouleversé plus d’une. Car l’homme aux cicatrices sait que tout reste possible, lui qui a multiplié les « oui » pour donner sens à l’existence.
Biographie
- 1980 Naissance à Reims
- 2001 Brûlé par un éclair jailli d’une ligne à haute tension
- 2025 « Peau de serpent », troisième album musical
- 2026 « Grand brûlé », bande dessinée aux éditions Atrabile