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Autonomie : avec Matisse 2.0, raccrocher la liberté

À Dijon, Matisse 2.0 propose un accompagnement personnalisé intensif vers l’autonomie à des jeunes de 18 à 30 ans présentant un trouble du spectre autistique (TSA) ou une psychose débutante. Ils sont dix-neuf aujourd’hui à bénéficier de ce programme novateur.
Christel Quaix
Publié le   à 11h39
5 min
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© Christel Quaix

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La petite maison, comme elle est appelée même si elle montre de beaux volumes, postée en bordure du parc du Centre Hospitalier La Chartreuse, a un pied dans la ville, par la porte d’entrée sur la rue, et un pied dans l’hôpital, par la porte du fond du jardin. Inaugurée il y a deux ans, la maison Matisse constitue une étape de transition entre le domicile familial et l’appartement individuel, et peut accueillir trois jeunes.

Auparavant, le projet reposait sur un habitat collectif avec quinze places, dans la banlieue dijonnaise. « Les jeunes appréciaient d’être ensemble, de pouvoir s’aider, mais à l’inverse, ils en avaient assez du collectif, de devoir supporter les difficultés des autres en plus des leurs », indique Laurence, éducatrice spécialisée. « Ce sont les deux psychiatres attitrées à la maison qui, en partant des désirs des jeunes, ont élaboré ce nouveau projet avec un accompagnement individualisé intensif ».

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Aujourd’hui, un déjeuner de Noël réchauffe l’atmosphère de la maison. « C’est exceptionnel, précise Séverine, cadre socio-éducative. Notre objectif n’est pas de créer des temps en commun. On travaille avec le jeune son projet pour l’accompagner dans l’autonomie. Chacun a sa chambre, ses espaces identifiés par une couleur, qu’il doit gérer comme s’il vivait seul. »

« Ici, je suis libre et autonome. On est pris pour des adultes. »

Éducatrices spécialisées, infirmières, psychologue sont présentes pour aider chacun dans ses besoins spécifiques. Faire les courses, le ménage, cuisiner, organiser son agenda, rechercher un appartement… tous les domaines de la vie quotidienne sont pris en compte. Des rendez-vous de suivi sont fixés mais parallèlement, chaque jeune peut sortir à sa guise. « Ici, je suis libre et autonome et c’est bien, confirme Lucas. Je vais à mes cours de conduite pour passer le permis. On est pris pour des adultes ». Le jeune homme de 21 ans, à la carrure d’athlète, a entendu parler de Matisse par son infirmier référent, et a rejoint la maison fin octobre. Lucas a fait une crise psychotique il y a trois ans. Une hospitalisation a suivi qu’il a eu des difficultés à accepter. « Jusqu’à peu, j’étais encore dans le déni, confie-t-il. Aujourd’hui, j’accepte la situation. Matisse 2.0 m’aide à consolider mon projet d’autonomie. Je souhaite trouver un travail alimentaire, avant de reprendre des études de commerce ».

À ses côtés, Maxime, 27 ans, multidys et atteint d’un trouble du spectre autistique, se régale des verrines cuisinées le matin. Il est locataire de la maison depuis septembre. « J’aime l’indépendance sans être seul », explique le jeune homme avec un immense sourire. « J’aime aussi participer au groupe thérapeutique du lundi ». Tous les jeunes suivent ainsi, sur douze semaines, un programme élaboré par l’équipe et validé par l’Agence Régionale de Santé (ARS), intitulé « Bien vivre chez soi », avec des modules comme « se déplacer dans Dijon », « prendre son traitement », « vie affective et sexuelle »…

Un soutien primordial

À partir de 17h30, les jeunes restent seuls jusqu’au lendemain. Mais, à tour de rôle, les professionnels sont d’astreinte au téléphone, jusqu’ à 23 h et les week-ends. Lucas et ses cohabitants peuvent appeler, en cas de crise d’angoisse par exemple. Au-delà de la petite maison, Matisse compte aussi une quinzaine de studios répartis dans l’agglomération dijonnaise, où les jeunes bénéficient du même accompagnement : visites de leurs référents, toujours deux par personne, et accès à la ligne téléphonique d’astreinte. Ce soutien est primordial pour eux, car la solitude du soir est une des choses les plus dures à gérer quand ils ont gagné leur indépendance.

Estelle, 30ans, a emménagé dans un studio trouvé par Matisse 2.0 depuis la rentrée. Après de nombreuses hospitalisations et un retour d’un an chez ses parents, elle redoutait de se retrouver seule. « Matisse devrait être plus connu », appuie la jeune femme, le visage caractérisé par de lumineux yeux verts et des piercings. « Tout en ayant mon propre logement, je suis cadrée, sécurisée. Le déménagement a été un chamboulement, et au début, j’appelais beaucoup l’astreinte. Mes référents savent m’écouter et me ramener dans le réel. » Dans la maison, les contrats s’étirent sur trois mois, renouvelables quatre fois, alors qu’ils sont de six mois renouvelables une fois après l’installation dans les appartements.

Considéré lui-même comme expert, le jeune est au cœur du dispositif. Sa temporalité est respectée. « Pour Lucas par exemple, il était acté que si une place se libérait au moment où il était encore hospitalisé, celle-ci serait gardée jusqu’au jour opportun de sa sortie », indique Séverine. Avec une prise en charge précoce, c’est une envolée sur mesure qui est offerte à ces jeunes. « Quand on voit des familles en souffrance depuis des années, pouvoir enfin souffler, quand on voit un jeune prendre son indépendance, ces résultats sont vraiment stimulants », expose Laurence. Et quelques heures passées au sein de la maison permettent de sentir que l’humour est un des outils phare utilisés.

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