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© Richard Baron / pour Ombres & Lumière

© Richard Baron / pour Ombres & Lumière

«A tous les jeunes, j’aimerais dire : osez !»

A 21 ans, Jeanne Pelat est déjà une «vedette». Marraine du Téléthon à 8 ans, elle a longtemps été le porte-parole des enfants atteints, comme elle, de myopathie. Alors qu’elle s’apprête à entrer dans une communauté religieuse, l’auteur du livre témoignage "Résiste !" (Bayard éditions) évoque pour Ombres & Lumière la question de la vocation pour les personnes avec un handicap.

Vous avez répondu au questionnaire en vue du synode des jeunes. Que voulez-vous dire à l’Eglise en tant que jeune en situation de handicap ?

Ce que j’attends de l’Eglise, c’est qu’elle rende accessible au maximum ses lieux de culte d’un point de vue matériel. J’ai la chance d’avoir une paroisse accessible mais beaucoup d’événements dans mon diocèse ont lieu dans des églises qui ne le sont pas. Or cela ne nécessite pas forcément des moyens très coûteux ni compliqués. Je pense à une chapelle dans Lille qui n’est pas accessible. Les paroissiens ont installé une sonnette à notre hauteur. Il suffit d’appuyer sur la sonnette pour que quelqu’un arrive avec une rampe. Il ne s’agit pas forcément d’effectuer de grands travaux, mais de mettre de la bonne volonté avec les moyens du bord pour que cela soit possible.

En tant que malade, j’attends aussi de l’Eglise une présence dans les hôpitaux et dans les Instituts d’Education Motrice. J’ai connu tellement de jeunes qui ont perdu la foi avec la survenue du handicap. C’est difficile ensuite d’évangéliser sur ces terrains. Cela doit venir d’une rencontre intérieure, mais si l’Eglise s’efface totalement, ça n’est pas non plus la solution. Cette présence pourrait être visible par un flyer, un prêtre qui vient proposer le sacrement des malades… A Lourdes, j’ai vu des personnes désespérant de Dieu, accepter de recevoir le sacrement des malades. Ce n’est pas parce qu’il y a une rébellion, qu’il n’y a pas au fond un désir de se rapprocher de Dieu.

En octobre, vous allez entrer dans une communauté religieuse contemplative. Comment avez-vous reçu et discerné cette vocation ?

Il y a des appels qui se font très lentement. Moi, ça a plutôt été un coup de tonnerre. J’ai reçu l’appel en deux étapes : d’abord une conversion très profonde au moment de ma confirmation, puis à 17 ans, à Lourdes, un appel très précis, foudroyant pour la vie religieuse. A l’époque, j’avais un petit ami. Sur le moment, j’ai eu envie de tout quitter tout de suite. Mais mon directeur spirituel m’a invitée à prendre le temps de la réflexion. Elle a duré cinq ans pendant lesquels j’ai gardé ce secret. J’ai ainsi fait des stages dans des communautés pour confronter mon désir à la réalité. Assez vite, je me suis sentie attirée par la vie contemplative ; ce qui peut paraître surprenant car je fais attention à mon apparence, j’aime énormément sortir, voir des amis… Ce n’est donc pas par dépit que je choisis la vie religieuse ! Mais cet appel est plus fort. Malgré tout ce que je vis d’épanouissant, rien ne me rend plus heureuse que cette vie-là. Je ne voulais pas aller dans une communauté où j’aurais senti que j’étais un poids pour les sœurs. Un jour, j’ai été accueillie dans une communauté où les sœurs ne sont pas très nombreuses, mais jeunes. Et j’ai eu un déclic ! C’est là que j’irai.

Que diriez-vous à d’autres jeunes en situation de handicap qui ont parfois du mal à trouver leur place ou leur vocation ?

J’ai toujours eu en moi une part d’audace qui ne me donne pas une assurance totale, mais qui me dit : « Tu peux. Tu n’as rien à perdre. Essaie et tu verras. Et si tu n’es pas accueillie là, tu seras accueillie ailleurs... » Ensuite, j’ai une part de réalisme. Quand ça n’est pas possible, je sais le reconnaître. J’ai tout de suite abandonné l’idée de la vie apostolique parce que les communautés sont trop âgées pour m’accueillir. Mais ce n’est pas grave. C’est que ma place est ailleurs. A tous les jeunes, j’aimerais dire : osez ! L’apprentissage de mes limites m’a permis de m’épanouir et de me lancer dans des projets à ma hauteur. Accéder à ses limites n’est pas négatif. Nous en avons tous, comme nous avons tous des charismes particuliers. Acceptons nos limites, c’est comme ça que Dieu nous guide vers ce qui peut nous rendre heureux. Toute vocation est une réponse à son être avec ses limites et ses charismes. Si un projet nous semble difficile mais qu’il existe une chance pour qu’il soit réalisable, il faut foncer ! Je ne me demande pas si je vais réussir mais si j’ai envie de le vivre. S’engager, c’est juste prendre le risque d’être heureux et de rendre les autres heureux !

Propos recueillis par Florence Chatel, ombresetlumiere.fr 

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