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Tour de France du Handicap à l'école. © DR.

Tour de France du Handicap à l'école. © DR.

« La France a un retard considérable »

Aurélien Pradié est député du Lot (Les Républicains). Il réalise depuis février un tour de France de l’inclusion scolaire.

« Depuis plusieurs semaines, et jusqu’à la fin de l’été, je rencontre les acteurs de terrain, que ce soient les institutions, les enseignants, les AESH, les collectifs, les clubs de sport. Ça n’a jamais été fait comme ça, en prenant le temps de voir ce qui se passe sur le terrain. Car j’ai eu l’impression, lors de discussions sur le sujet à l’Assemblée nationale, qu’on essayait de nous vendre une réalité qui n’existe pas en fait. Par ignorance, de nombreux députés croient que l’on en fait déjà assez en matière d’école inclusive. Or il n’y a pas de statistiques des enfants en situation de handicap non scolarisés, sans solution, sur liste d’attente… C’est un problème que le ministère ne veut pas voir. Et je pense que l’inclusion à l’école est un sujet hautement politique, autant pour les enfants handicapés et leurs familles que pour l’ensemble de la société, afin que tous grandissent au contact de la différence. A l’occasion de ce « pèlerinage » à travers les départements, je constate qu’en France on parle beaucoup de l’inclusion, mais que notre pays a un retard considérable sur ce sujet. La loi de 2005 a été décisive, mais, depuis, on voit certes quelques belles initiatives - qui doivent plus à la bonne volonté des acteurs locaux qu’à l’Education nationale, mais surtout beaucoup de slogans. Et je crains que le « tout inclusif » qui est prôné ne conduise en fait qu’à inclure certains types de handicap, comme l’autisme asperger, ou d’autres formes à peine perceptibles. Pour le handicap moteur, je constate plutôt une régression par exemple.

 

Déception et colère

Au début de l’action gouvernementale, j’ai cru à un changement. Mais comme de nombreuses personnes et en particulier les familles, j’ai éprouvé une déception, et maintenant une certaine colère. Je propose une véritable révolution pour l’école, et je ferai des propositions de loi en ce sens à la rentrée. Il faut que le médico-social entre beaucoup plus facilement à l’école ; il faut par ailleurs que les AESH aient un véritable statut au sein de l’Education nationale ; et que les enseignants soient correctement formés : ce qui est fait actuellement est dérisoire. Il ne faut pas non plus négliger le périscolaire. Enfin il faut repenser les MDPH : elles ont une utilité, mais il y a tant de différences de traitement en fonction des départements que cela constitue une rupture de l’égalité républicaine.

Quant aux institutions spécialisées, il faut qu’elles changent, s’ouvrent sur l’extérieur ; un certain nombre l’a déjà fait. Mais il faut qu’elles s’ouvrent davantage. Chacun doit trouver sa place. Nous devons être capable de faire du sur mesure. C’est notre vrai défi. »

Recueilli par Cyril Douillet, ombresetlumiere.fr - 2 mai 2019

Lire aussi le dossier "L'école inclusive, utopie ou réalité ?", du n°229 d'Ombres & Lumière.

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