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Pour Carolina, toute femme peut aider ceux qui l'entourent à grandir en intériorité. © D.R.

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Je vois que je suis porteuse de vie

Carolina, 32 ans, a la maladie des os de verre. Elle se déplace en fauteuil roulant et elle est atteinte d’un handicap visuel. Comment vit-elle sa féminité? Témoignage.

Le handicap s’inscrit dans mon être profond. Je ne porte pas un handicap, je suis en situation de handicap, et femme. Prendre conscience de ma féminité a été tout un chemin.

Comme je suis très petite, je me suis un peu cherchée pendant toute une période, de l’adolescence à la fac de droit. Je me demandais comment les autres me percevaient et s’ils me voyaient comme une enfant. Je vivais beaucoup à travers leur regard.

Pourtant je n’ai pas reçu de regard rejetant. Je considère qu’il était assez normal que l’on me regarde puisque je suis différente. Mes amies m’ont toujours beaucoup valorisée sur le plan intellectuel et même physique. Leur regard bienveillant a été important. La violence, c’était moi-même qui me l’infligeais : j’avais un regard extrêmement pessimiste sur moi-même, sur mon physique, sur mon caractère… Et je me battais contre cela ! Je me mettais beaucoup de pression : il fallait que je sois très intelligente, que je fasse de brillantes études. Je n’avais pas le droit d’échouer.

J’ai eu beaucoup de mal à m’accueillir en tant que femme. Au début, je jouais beaucoup sur la séduction. Physiquement, je mettais en avant certains de mes atouts qui plaisaient. J’ai des jolis cheveux ; je me donnais un rôle de femme indépendante – je me « gère », j’ai ma carte bleue, tout va bien ! –, pour ne pas dire que j’avais tout simplement besoin des autres. J’ai eu des petits amis mais la relation était toujours fondée sur la séduction ou sur une souffrance – nous n’étions pas suffisamment bien dans notre peau. Ensuite, pendant la période étudiante, je me disais que je n’avais qu’à vivre au jour le jour, sortir en boîte, et demain on verrait bien !

Quand je me suis convertie à la foi catholique, à 27 ans, une nouvelle question s’est posée à moi : quelle femme est-ce que je suis puisque je n’ai pas un corps qui me permet d’accueillir un enfant ? A ce moment-là, on proposait beaucoup de retraites sur la femme, où l’on parlait de sa vocation d’épouse et de mère, ou de religieuse. Je ne le vivais pas très bien : n’étant dans aucun de ces états de vie, je me demandais où était ma place…Peu à peu, cette question s’est éclairée, grâce notamment à la prière et à l’accompagnement spirituel.

Depuis deux ans, j’ai ainsi commencé à accueillir une autre forme de maternité, plus spirituelle. J’ai vu que j’étais porteuse de vie.

Recueilli par F.C.

Lire l'intégralité du témoignage de Caolina et le dossier "Etre une femme avec un handicap" : Ombres & Lumière n°228

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