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© DR pour Ombres et Lumière

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Comment je serai quand je serai grand ?

Touché dans son intelligence et ses capacités motrices à la suite d’une méningite, François entretient une correspondance régulière par mail avec son parrain, Luc, père de trois enfants. Extraits de cette amitié.
  • Luc, je voudrais que tu me parles de comment je serai quand je serai grand. J'en ai parlé avec Papy et j'ai écrit sur Internet à un ami qui est en fauteuil roulant, mais il n’a pas répondu et Papy dit que je vais aller bien. Je voudrais savoir comment je vais faire pour aller bien vu qu’aujourd’hui je ne vais pas toujours bien comme quand j’ai des malaises. Mon papa m’a expliqué que peut-être Papy ne répond pas parce qu’il ne sait pas. Mais est-ce que toi tu sais ? Je t'embrasse et fais tout ce que je t'ai demandé. Ton ami, François.
  • Cher François, je vais essayer de répondre à cette question difficile. Je voudrais te dire qu’une partie de ce que tu seras dépend de toi, une autre partie dépend des autres, et une autre enfin de ta relation à Dieu. Par exemple, ton handicap des jambes, cela ne peut pas s’améliorer quand tu seras grand. Devenir grand ce sera être assez fort pour faire attention à ne pas trop grossir (manger beaucoup de salade verte sans devenir une tortue !), faire des exercices pour que cela reste le même handicap mais pas plus. C’est difficile, mais cela dépend beaucoup de toi et tu peux y arriver. Une autre partie de ton handicap peut s’améliorer : tu peux apprendre à mieux connaître qui tu es pour pouvoir dire aux autres si tu as une difficulté, à mieux connaître les autres, à mieux leur parler, à mieux les écouter. Pour devenir un homme avec un handicap, tu auras toujours besoin des autres ; devenir grand ce sera apprendre à te faire respecter et à respecter les autres. Enfin, la dernière chose dont je te parle, mais nous y reviendrons, je te dis de réfléchir à cela : tu pourrais aussi prier Dieu de t’aider à devenir grand avec un handicap. Je t’embrasse très fort. Luc
  • Luc qui es gentil, je suis bien d’accord avec ton idée de faire une prière pour que Dieu m’aide et je vais la faire. Est-ce que c’est sûr qu’après il va m’obéir ? Je voudrais savoir si Dieu fait ce que je lui demande et alors je pourrais aussi lui demander autre chose, comme par exemple pour mon bras gauche qui ne marche pas. Le chirurgien a dit qu’il ne pouvait pas le réparer comme il a fait pour mes jambes. Mais peut-être que Dieu, il peut. Dis-moi vite ce que tu en penses. Je t’embrasse très fort. François
  • Cher François, je crois que Dieu ne va pas t’obéir car Il n’obéit à personne, mais je crois qu’Il t’écoute quand même. Car Dieu aime chacun d’entre nous. Seulement voilà, Il ne veut pas être comme un magicien, et si ton médecin t’a dit qu’il ne pouvait pas opérer ton bras, Dieu ne pourra pas non plus. Dieu est très patient et choisit de ne pas avoir d’autres mains pour soigner, caresser, prendre dans ses bras, que les mains des hommes. Mais en même temps, il peut beaucoup plus que n’importe quel chirurgien. Parce qu’il peut calmer notre cœur. Quelquefois nous avons plus mal au cœur qu’au corps. Et là, Dieu peut faire quelque chose directement. Il peut te donner de la paix si tu le pries. Il peut aussi inspirer des personnes pour qu’elles viennent te rendre visite. La prière, ce n’est pas obtenir tout ce dont nous rêvons quand nous le demandons, mais c’est essayer de nous préparer à grandir comme Dieu nous le demande. Ce n’est pas facile de l’accepter mais si tu crois que Dieu veut que tu sois heureux, tu peux lui faire confiance : Il va te montrer comment tu seras le plus heureux. Maintenant réfléchis bien et dis moi ce qui te rend vraiment heureux. Je t’embrasse mon ami François. Luc
  • Cher Luc, mon ami. Alors puisque tu me le demandes, je vais te dire ce que c’est que le bonheur. Hier, j’ai fait trois fois des convulsions, donc j’étais très triste et très fatigué et il n’y avait plus du tout de joie dans ma tête. Je me suis couché sur le canapé. Comme j’avais pris du Valium (30 gouttes), j’avais la tête qui bouge à l’intérieur mais moi je ne bougeais plus et je pleurais dedans. Mais Jean-Noël est arrivé, il s’est assis à côté de moi et il m’a demandé pourquoi j’étais tout mou. J’ai raconté mon malheur et il m’a écouté. Il a eu une idée. Il faut chuchoter pour dire quelque chose à l’autre qui écoute et qui répond pareil. Jean-Noël m’a appris et on a chuchoté sur le canapé tous les deux. Alors je vais te dire ce que c’est le bonheur. C’est d’avoir une visite quand on a le cœur triste. Comme ça tu sais ce qui me rend heureux. Si tu veux, tu peux venir me voir samedi pour me rendre heureux. Je te dis aussi qu’il fait froid et qu’il faut mettre ton manteau d’hiver si tu ne veux pas devenir malade comme mon frère qui est au lit. Est-ce que tes enfants sont malades ? Si oui, il faudra les embrasser avant de partir à ton travail pour qu’ils aient ton bonheur dans le cœur malade toute la journée.

    François

Ombres et Lumière n°170

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