Chroniques Points de vue

Allo le Samu ? Il va y avoir un problème…

Charlotte de Vilmorin
Publié le   à 10h37
4 min
portrait de Charlotte de Vilmorin

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Il y a quelques jours, j’ai eu un accident domestique qui a nécessité d’appeler le Samu. Rien de trop grave, mais il fallait tout de même agir vite. L’interlocutrice au téléphone me dit qu’elle envoie les pompiers, en me précisant que ce serait eux qui décideraient de m’emmener à l’hôpital si nécessaire. Seulement, il y a un an, j’avais déjà vécu une situation analogue qui avait tourné à l’absurde, car les pompiers n’avaient aucun moyen de me faire monter dans leur camion avec mon fauteuil électrique !

En effet, mon fauteuil est lourd – il pèse 200 kg -, et je ne peux absolument pas m’en passer, car j’ai besoin d’être très maintenue et calée. Sortie de mon fauteuil, je suis comme un escargot sans sa coquille. Impossible d’envisager de patienter des heures dans un couloir, ou en salle d’examen, sans le prolongement de mon corps. Et quand bien même je resterais tout ce temps sur un brancard, comment est-ce que je repartirais après? Il y a un an, j’avais essayé de négocier pour que les pompiers m’escortent avec ma propre voiture aménagée, ce qui m’aurait permis de rester dans mon fauteuil à l’intérieur du véhicule. Niet. J’avais donc pris le risque de renoncer à y aller.

Mais cette fois-ci, j’étais clairement blessée, et je savais avant l’arrivée des pompiers que je n’allais pas y échapper. Je préviens donc la dame du Samu :

  • « Vous m’envoyez les pompiers, OK, mais sachez que je suis en fauteuil roulant électrique, et que je ne pourrai pas aller dans le camion des pompiers ». 

Elle me répond aussi sec:

  • « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Bien sûr que si. Les pompiers emmènent des gens en fauteuil à l’hôpital. C’est n’importe quoi. » 
  •  « Non mais je vous assure, mon fauteuil, on ne peut pas le porter et le mettre dans le camion, et moi je ne peux pas sortir de mon fauteuil. Donc là ils vont arriver, mais je vous préviens, on va avoir un problème. » 
  • « Les pompiers emmènent des gens en fauteuil à l’hôpital. Je vous assure. Allez bonne journée. »  

« N’est-ce pas fou de se rendre compte qu’il n’y a aucune solution pour emmener une personne en fauteuil roulant électrique aux urgences ? »

Je n’écris pas cela pour dénigrer cette personne qui travaille dans l’urgence, et qui fait un travail formidable. Je comprends qu’elle doive être efficace et gérer un grand nombre de cas.J’écris pour dénoncer un énorme trou dans la raquette.Car quand les pompiers sont arrivés et qu’ils ont constaté qu’il fallait effectivement me conduire rapidement à l’hôpital, eux-mêmes n’avaient pas conscience de la situation. Comme la dernière fois.

N’est-ce pas fou de se rendre compte qu’il n’y a aucune solution pour emmener une personne en fauteuil roulant électrique aux urgences ? Ou alors dans des conditions délétères – c’est-à-dire au choix, sans son fauteuil, ou sans les pompiers, ce qui implique d’attendre plus longtemps sur place avant d’être pris en charge?

Cette fois-ci j’ai eu «plus de chance», car j’ai réussi à négocier qu’ils m’escortent en camion afin je puisse voyager dans ma voiture aménagée, en restant dans mon fauteuil. Comment est-ce que j’aurais fait sans voiture, et sans chauffeur avec moi, à ce moment précis, ou bien s’ils avaient refusé ?

L’accès aux soins est un droit fondamental, tout comme l’accès aux transports. Il est urgent que notre société œuvre pour permettre aux personnes les plus vulnérables de pouvoir être suivies et soignées, même dans l’urgence. Comme ce jour-là.

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