Une flamme dans nos obscurités

En ce début de février, la fête de la Lumière, si présente à Foi et lumière notamment, nous touche particulièrement.

Petit clin d'œil, il y a 56 ans, Marie-France et moi avions choisi cette fête pour célébrer nos fiançailles.

Et aujourd'hui, voici une occasion de vérifier que cette lumière, la « flamme dans nos obscurités » chantée tant de fois à Taizé, ne s'éteint jamais.

Le parrain de notre fille, ami de notre jeunesse, vient nous voir, après avoir passé une journée avec elle dans son foyer, comme il l'avait fait il y a déjà deux ou trois ans.

Nos itinéraires ont souvent divergé, mais il a toujours répondu présent lors des appels à l'aide que nous lancions dans des passages particulièrement rudes. Il l'a fait à sa manière, souvent abrupte, parce qu'il voyait, comme beaucoup, l'inertie et les refus d'agir de nos enfants, (et d'autres signes de la maladie psychique) comme une paresse persistante, un manque de volonté. Il a accepté de revoir ses schémas. Nous avons confiance dans son regard lucide et bienveillant. Aussi pouvons-nous échanger sur notre manière d'exercer ce regard, sur l'attitude des soignants, et sur ce que le handicap de notre fille fait peu à peu changer en nous-mêmes. Lui aussi apprend à repérer la qualité de l'être, sa profondeur, au milieu des expressions désordonnées de la pensée, des obsessions qui sont aujourd'hui les signes visibles de la maladie. Notre fille lui a parlé de la session de Paray, il s'en est inquiété parce qu'il a peu d'affinité avec l'Emmanuel, mais il a bien compris que cela comptait pour elle.

Autre lumière, différente, elle vient de notre fils. Il s'oppose à moi sur le choix d'un artisan pour des travaux de la maison que nous gérons ensemble. L'abord est, comme d'habitude, assez rugueux. Puis je sens que cette opposition est fondée, ce n'est plus une révolte immature. Je me réjouis de cette vraie confrontation de points de vue, dont l’issue importe peu. Je me réjouis aussi de l'entendre parler de l'accueil chaleureux de nos amis chez qui il fait des ménages. Il peut exprimer ce qu'il doit à notre réseau. Je voudrais en rester là, oublier son handicap. Mais je n'évite pas le constat, toujours actuel : « ce sont vos amis, moi je n'ai plus d 'amis. » Ce manque, je ne peux pas le combler. Je voudrais trouver les mots pour lui dire que je crois toujours en ses capacités d'homme et, au-delà que je remercie de tout ce qu'il donne.

Pierre Sarreméjean, ombresetlumiere.fr – 5 février 2019

Père de quatre enfants dont deux sont atteints de maladie psychique, Pierre Sarreméjean est membre de Relais Lumière Espérance, un mouvement spirituel pour les proches de personnes malades psychiques.

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